La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

LE RE\"E DE PIERRE DAVAXT elle doit tenter de ramener ceux-ci sinon au bien, du moins à l'abstention du mal. Voilà pourquoi nous devons prendre charge des irresponsables, nous garder d'eux et les garder d'eux-mêmes, leurs méfaits fussent-ils Yénicls; tandis que nous pournns laisser face à face avec leur conscience le~ auteurs conscients des plus grands crimes. - C'est une prime à l'hypocrisie, dit Ducharme. - Apres? répliqua Pierre avec calme. L'hypocrisie est un manteau de Ycrtu, mais c'est un manteau de Nessus ... De deux choses l'une : l'hypocrite affiche son remords, montre les dehors d'une conscience d'emprunt et obtient sa libération. Croyez-Yous qu'une fois libre, il lui sera loisible d'àtcr son manteau de YCrtu? S'il le fait, il rechute et, son inconscience étant démontrée, la sociétt'.:prend des mesures pour se préscrYcr de cc simultatcur. Ou bien la conscience dont il s'est affublé le contraint à jouer un rôle, et le Yoilà forcé de le jouer jusqu'au bout en demeurant Yertucux. Où est le mal? Pour lui seulement, car c'est un st'.:pulcrcblanchi, où grouillent les vermines du crime. Mais ne trouve-t-il pas ainsi son clùtiment, lui vicieux, d'être contraint à la vertu, car il sait ;1quoi l'expose une rechute. C'est une forme très inférieure de la conscience, mais c'est déjà la conscience. - Vous ne ferez pas facilement accepter cette tht'.:oric par le jury d'aujourd'hui, obserYa Tancret. - Peu m'importe, répondit Pierre en souriant. Je sais bien qu'il aura gt'.:néralisé la pratique avant d'avoir acœptt'.: la thforic, et cela • me suffit. Et nous allons Ycrs la pratique : déj;i elle se manifeste dans des sentences presque quotidiennes. Cela, on ne peut le nier. Le jour où notre droit, d'accord a,·ec la science, a déclaré que le criminel est un malade, la théorie nouYelle des sanctions a été implicitement introduite dans notre mentalité; elle n'en sortira plus et ne fera que s'y développer, on peut en être certain. - Je ne vois pas quel rapport ... fit Sounkala. - C'est très clair, pourtant, dit la citoyenne Gauthier. Vous savez comment se jugent les proccs criminels chez nous. Parallèlement à l'instruction judiciaire qui se poursuit sur l'acte commis, une instruction médico-lèrralc psycho-lt'.:rraleserait plus exact, se poursuit sur ce- o ' 0 lui qui l'a commis. - Oui, je sais cela. Je sais aussi que le jury ne prononce pas sur la culpabilité ni sur la sanction, mais sur le point de saYoir si l'individu a, oui ou non, commis l'acte qu'on lui impute. Dans l'aflîrmativc, le ministère public, armé de l'enquête médico-légale qui établit le degré de rcsponsabil ité de l'individu crimine\, reguiert la sanction ... - La sanction, c'est cela! s'ccria l'étudiante. Remarquez que, malrrré vous le mot de sanction se substitue à celui de pénalité, bien t) ' qu'il ne soit pàs encore entré dans le langage judiciaire.

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