LE RtVE DE PlERRE DA~ANT Louise s'était levée. Elle dit un bref adieu à son pére et à Pierre, puis se dirigea vers la porte. - Craignez-vous quelque chose pour votre frère? lui dit Pierre vivement. Désirez-vous que je \'OUS accompagne? . - Non, dit-elle. Ce n'est pas par la force que nous aurons à le défendre de son désespoir. Et elle sortit rapidement. - Paune gamine, soupira Ducharme. Je l'ai connue haute comme une botte. Déjà rieuse et coquette, effrontée comme un petit vaurien qu'elle était. Son père était mon voisin et mon ami ... Ah! mon pauvre Chambras, tu as bien fait de mourir à temps pour ne pas voir ce que ta petite Pompon est devenue ... Je crois bien que mon Jean l'aimait depuis l'enfance ... Et gui ne l'aurait aimcc! ... C'était une caresse vivante, cette fille-là... Elle aYait la 1·oiedans le sano- et l:>' ' ma foi, elle en donnait à qui voulait. .. Elle avait eu le bon sens de refuser d'épouser Jean, et je lui en a\'ais su gré ... tlloi, sachant qu'il n'ignorait pas sa conduite, je ne pouvais supposer qu'il l'aimait encore ... Ah! les Yieux.se croient bien malins ... Faune fille, tout cil: même ... Mon pauvre Jean! - Ce Tourlac, dit Frizet, est un monstre. Un moment, tout à l'heure, j'ai compris la loi de Lynch, et je l'ai regrettée. - La fureur est contagieuse, dit Sounkala. - Celui-là, le jury l'acquittera, \'OUS verrez, fit amèrement le bouddhiste. - Il se peut, répondit Pierre. A pn'.:sentque, de moins en lnoins, l'homme aime à b manière du fauve, ou du propriétaire, ces crimes sont devenus assez rares pour ne présenter aucun danger social. - On l'acquittera par sentimentalitc, s'écria le Yieux. « \'oyez comme il l'aimait», dira-t-on. Et l'on d<'.:peindraéloquemment les tortures qu'il a endurées; on énumérera les cruelles trahisons de l'infidele, et le tour sera jorn'.:.Les jurés, en pleurant, rendront le criminel à la liberté. - Nous arnns dépassé cette période, dit la citoyenne Gauthier. •Naguère, en effet, le crime passionnel eut les sympathies attendries des jurés. Cc fut un moment de transition fort intéressant et dont nous ne devons pas mcdire. - Par exemple! s'exclama Ducharme. - C'est ainsi, affirma-t-elle. Comptez les étapes depuis l'Orcstic du vieux. tragique grec. En tuant son mari, Clytemnestre a mcrité la mort la plus affreuse, car c'est son fils même qui la lui donnera. On voit ici l'homme prendre nettement le pas sur la femme. Les vieilles deesses de l'antique matriarcat sont nincues par le dieu des mâles, dont la victoire durera jusqu'aux temps modernes. Les codes, dès lors,
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