560 LA REVUE SOCIALISTE dé\'eloppée en France. Je suis sùr qu'il n'y a pas un seul d'entre nous qui ne fasse partie de plusieurs associations. - Même moi, qui suis pcrc de famille et passablement casanier, fit Ducharme. Voyons si je sais encore compter: D'abord, et tout naturellement, mon syndicat et le club de ma section. Et de deux. - Ces groupements-Li, tout le monde en est, ça ne compte pas, fit Lagaline. Le vieil employé reprit: - La société des pêcheurs a la ligne. Et de trois. La socicté des excursions historiques. Et de quatre. Voil;\ pour les plaisirs de l'été. La société des lectures classiques et l'association générale des joueurs de piquet se partagent mes loisirs d'hiYcr. Six au total. Mon fils Jean est des excursions et des lectures, de la commission scolaire de son qu:irticr et de b societé internationale des sauYcteurs. - Sans doute, qu:ind vous :iurez pris votre retraite, :ijoutcrcz-Yous quelques distractions et occup:itions à celles que vous avez déjù? Ducharme regarda le Japonais avec surprise: - Ma retraite! i\fais je compte bien ne la prendre qu'en me mctrnnt au lit pour mourir. C'est même pour donner une joyeuse émulation aux ,Tais ;imis du traYail que nous aYons fondé, il y a quelques années, la ligue contre la retraite. Nous étions douze au début. Les douze apotres, comme nous appelaient les jeunes en riant. Aujourd'hui, rien qu'a Paris, nous sommes seize mille. Lagalinc tonna: - C'est profondément immoral ! Quoi! n'est cc pas assez de vous ètrc asservi pendant quarante ans ù b rcglc et d';iyoir 6puis6 \'OS forces ;iu labeur abrutissant, il faut encore que YOUSalliez tendre au joug Yotrc Yicux col rid6. La colcrc de Lagaline fit éclater de rire tout le monde. - Ah! ça! d'où sortez-vous! se rccria Ducharme. Où voycz-\"ous que j'aie été asservi? C'est volontairement et a\'ec joie que j'ai accepté 111:1 part des t:lches nécessaires. Je ne me crois pas plus abruti que vous pour a\·oir tr:ivaillé toute ma \'ie, et quant a mes forces, si, tout a l'heure, il a,·ait fallu en Ycnir aux mains, je YOUSaurais prom·é qu'elles n'étaient pas épuisées ... Entendons-nous: je ne fais pas le m;ilin. Je ne dis pas que je pourrais courir, comme quand j'aYais trente ans, le long des trains pour annoncer les stations. Mais le syndicat m'a placé a un poste de peu de fatigue. Autrefois, on enfermait des jeunes gens, hommes et femmes, dans les fonctions de bureau. C'est ceux-là qu'on :ibrutissait. N'est-cc pas notre place, a nous autres Yicillards? Et n'est-ce pas notre fonction, cette tenue de registres et de fiches soignés aycc amour et Ycrifies méticuleusement? Nous <lcYcnonsainsi les Yicillcs mamans, les ménagcrcs de notre admi-
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