La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

LA RE\'l'E SOCIALISTE tcncc, ne peut rcdcYcnir un qu:111dtous les individus qui le composaient se sont dispcrst'.s par la mort. Louise trnu,·ait une jouiss:rncc ù s'exprimer devant l'elc\'C de Pierre. Celle-ci, d'ailleurs, la considér:1it avec une curiositc bien,-cilbnte, et Pierre l'encourageait, du regard, à continuer. Elle poursui,·it donc: - D'autre part, :\ prcscnt que ch;icun commence à Yivrc la Yie pleine et libre, nul ne songe :\ tromper une faim qu'il n'cprou\'e pas. La justice et le pain ne sont plus, comme autrefois, hors de notre portee; et nous n'ayons plus besoin de nous les promettre dans un monde meilleur. i\[i'.:rnepour la part qui nous échappe encore, nous nous les promettons dans l'cspccc, a laquelle nous intcresse de plus en plus la connaissance de la solid,1rité humaine dans le temps, si reculé soit-il dans l'a\·cnir. Mais cela, c'est, pour ainsi parler, la face matérielle de l'idéal qui nous hante et se refuse,\ nous. - Bien, fit Pierre d'un ton de profonde surprise, très bien! - C'est donc d'une maniére absolument dcsintcresscc, pour nous comme pour notre espcce, dans le présent qui est à nous comme dans l'avenir qui est ù clic, que nous acceptons d'être hantes par le prohlcrne de l'inconnu. Non, cc n'est pas pour nous y snrYivrc, même dans notre descendance, que nous tentons d'aborder l'infini dn temps. Et cc n'est pas davantage pour nous cpanouir plus :\ l'aise que l'infini de l'espace nous obscdc. Nous sa\"Crnsque toujours le problème nous refusera ses plus clérnentaircs données, et pourtant nous serions humilies comme d'une dcchéance s'il cessait de se poser dc\'ant notre pcnsec. - Permettez, fit le bouddhiste, nous savons, nous, que l'infini est dieu, et qu'il nous aspire tous, aprcs nous a\'oir graduellement épurés, dans son divin anéa11tisscrnc11t. - Votre explication, répondit Louise aYcc emportement, je n'en \'eux pas. D'abord, parce qu'elle explique sans prcm·c. Ensuite, simplement parce qu'elle se permet d'expliquer. \'ous a\'cz raison, Pierre. Cc n'est pas dans l'univers qu'est le problcmc, puisque ses données nons échapperont toujours a peine de n'être plus partie intcgrante de l'infini; c'est en nous-mi'.:mes. Plus nous nous élcYcrons dans la connaissance de l'uni\·crs, et plus nous en serons obsédés. Plus, aussi, nous nous refuserons a proposer une solution. - C'est vrai, dit la citoyenne G,rnthier. La notion de l'infini pour les êtres simples et incultes n'existe pour ainsi dire point, et ils acceptent sans répugnance les explications les plus grossicrcs et qui leur assignent un domaine tellement réduit que la lunette d'un astronome et le marteau d'un géologue nous conduisent sans peine bien au-delà. - On n'explique l'infini qu'en le limitant, dit Pierre, c'est-à-dire en négligeant tout cc par quoi il existe.

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