LE Rt\"E DE PIERRE DA\"ANT 55ï - Comment le pourrais-je! Ah! on peut s'en rapporter aux prédictions des prophètes sociaux, naiment, s'écria-t-il avec amertume. L'f1111emystique des foules de jadis était faite <l'anémie et d'ignorance. C'était pour oublier la terre qu'on aspirait au ciel, et c'était faute de connaitre le ciel qu'on rê\"ait l'irréel. Le problème n'existât-il pas en lui-même, existe1:ait encore en nous-même. Oui, c'est ainsi que nous sommes faits, et c'est notre noblesse, en somme. Nous parviendrons à supprimer toutes les souffrances que la nature nous inflige, comme nous parvenons à supprimer - lentement - celles que l'organisation sociale du passé nous a léguées; mais nous ne supprimerons pas, heureusement, l'angoisse sacrce et profonde que nous donne le mystére de l'univers. - Besoin de se survivre, dit le Yicil ouvrier. - Non, père, cc n'est pas cela, se récria Louise. - Si, si, reprit-il, c'est cela. On ne peut pas s'imaginer qu'après avoir été, on ne sera plus. On veut toujours être; n'importe quoi, mais on \"eut se survivre. C'est bête quand on y rdléchit. .. Le bâton à un bout, quoi! - Comment cela? fit Lagaline. - Eh! oui. Puisque nous avons commencé, nous deYons finir. Voyez-Yous, tout ça, c'est manque de raison. C'est de l'égoïsme enfantin, ni plus ni moins. Cc n'est pourtant pas sorcier de 11.nir,quand on a empli sa vie. - Nous n'avons pas commence, mais recommencé, dit le boULldhistc. Et c'est pourquoi notre fin n\:st qu'un recommencement. - Bon à dire, mais à prouver, c'est une autre pai1'e de manchettes ... Je disais donc, - et je sens trés bien ça dejà,carjc ne suis plus tout jeune, - que lorsque l',ige vient, on sent très bien qu'on n'a qu'à faire ses paquets. Les choses qui vous plaisaient ne Yous plaisent plus. Les amis qu'on avait sont partis. On voit s'en aller un ù un les sens par oü l'on jouissait de la vie. Alors, quoi! on sent que c'est soimême qui s'en va de la Yie, et on n'éprouve pas du tout le besoin de recommencer. Parce que, je vais vous dire, aussi: On est fatigué, et on demande à se reposer. N'est-cc pas naturel? - Tout à fait naturel, appuya Lagaline. Louise insista : - Non, ce n'est pas cela, père. Le citoyen Da\"ant, je le comprends très bien, ne parle pas seulement de ce sentiment égoïste qui porte l'homme à se vouloir éternel. Ceci est une question à part. Cc sentiment a été amoindri en nous par la science et par le bien-être. Nous savons dès l'école de combien d'individus se compose notre personnali~, et comme elle est différente d'elle-même aux diverses époques de sa Yie. Et cet individu, qui n'a jamais été un dans son exis-
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