LE RÎ::\'E DE PIERRE DA\'AXT 551 connaissaient pas entre eux. Leur YOcabulaire y perdait pcuH:tre en noblesse grandiloquente, mais se rattrapait sur la variété et le pittoresque des épithétes. - Tenez! celui-là, aYec sa chandelle, il ne lui manque qu'un bonnet de nuit. - Tête de coëhon, viens ici que je te grille les soies. Tu seras plus beau ensuite. - Oh! là là! Ce pochard? En a-t-il des esprits dans le corps! - Si vous ne décampez pas, nous allons ,·ous faire faire retraite ... aux flambeaux. - Oh! est-il \·ilain, cclui-l:1! - C'est pour ça qu'il n'aime pas b lumicre. Les injures, en somme, frapp:iient to11t le monde, m:iis n'atteign:iient personne. Les colc:rcs se soulageaient en cris, et parfois s'emport:iient d:ins un rire unanime :1 guelqu.:: engu.::ulade bien en\'oyée. La citoyenne Gauthier leva la tète, interrogea un inst:rnt le ciel, où les étoiles pointaient à tra\'ers des nuages transparents, et dit : - 11n'y a pas d'orage. Tout ira bien. - Vous croyez aux influences atmosph!'.:riqucs sur les foules? demanda Sounkala. - Comme sur les indi\'idus, !'.:vid1.:mmcntr,cpomlit-C:lc. - Une bonne averse aurait Yitc raison de l'cnH.:utc, dit Pierre. - Et de nos lanternes, ajouta la j1.:unclîllc. - Bah! puisque nous n'en :1urions plus besoin. - Oh! \·oyez donc, citoyt:11, cette fl!mmc au prl'mier rang des insurgés ... Comme clic vous dcvisage !. .. Si 1.:IILct:ait armcc, je craindrais pour votre Yie. Pierre regarda dans la direction que lui indiquait l\:tudi,rntc, et poussa une e:-.clamation de douleur. - Ah! la pauvre enfant! Que fait-clic la, et qui l'y a arn_enéc! Loni~e, car c'était elle, ne quittait pas Pierre des yeux, en effet, et ses reaards étaient charaés de re1Hocbcs. Pierre, sans songer aux ::, 0 conséquences, franchit en trois bonds l'espace qui scparait les deux troupes. - Que faites vous ici, malheureuse? dit-il :'1 Louise d'une voix altérée par l'angoisse. . - J'y suis avec mon pcre et mes (rércs, pour défendre la liberté, répondit-elle d'une \'Oix dure, qu'il ne lui connaissait pas. Et vous même? - Moi, répondit-il, je suis avec mes élèves pour la défense de la raison.
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