La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE - Qui peut nous guider \'Crs le secteur? demanda Pierre <l'une voix forte. A nous, les bons citoyens! Plusieurs Yoix répondirent. Une clameur riposta - A bas ks ennemis de la liberté! Les premiers répliquèrent : - \'i\·e b lumière! Deux c.1111pse cherchaient, se formaient, tentaient de se séparer pour mieux s'opposer. - Au secteur! criaient les uns. - lis n'iront pas! criaient les autres. - Vive la lumicn.: ! - \'i\·e b libertc ! - P,l!, de libcrtc sans lumière! - P,1sde lumière sans liberté! Lesadvers;lÏres ct:1ient encore mèlès, ks deux camps ne parYcnaient pas ù se former, dès quercl les particu Iicrl'.s na i~saicnt, des col loq ucs d'indi\'idu ù indi\·idu s'clC\'aient, des arguments s'égaraient sur des conYaincus au lieu d'atteindre des adYcrsaires: c'était la confusion et le chaos. Une voix joyeuse d'adolescent domina le bruit : - Nous ne sommes pourtant pas dans une rcunion spirite, pour qu'on nous refuse d'y \'Oir clair. Un écht de rire s'éleva et les parti!>.tns de la lumicrc sentirent, ;i la clameur, qu'ils étaient les plus nombreux, donc les plus forts. Soudain une lumicre jaillit, puis dix, puis cent. En moins d'une minuté a\·,1ient surgi des lanternes ù rcfkcteur de Yoiturcs, des lampions de toutes les couleurs, des torches de papier. Une lueur fantastique dansa sur la foule qui s'org.rnisa en cortcge aux flambeJux, sous l.1direction de Pierre et des étudiants. Les ad\·crsaircs s'ctaicnt repliés Ycrs le cercle d'ombre, et l'on entendait leurs ,·ociférations, assez lointaines, d'ailleurs. - Au secteur! cria Pierre de nou\'cau. - Au secteur! répéta la foule. - Cette fois, le peuple est ,wec nous, dit Sounkala. •-Bah! répliqua la citoyenne Gauthier, c'est toujours la foule. Comme h colonne arri\·ait dcY:int le secteur, une clameur hostile partit de l'obscuritc. A Li lueur des flambeaux, Pierre Yit que l'ennemi ctait en nombre. Parlc111enter ctait impossible. 11 fallait attendre que les porteurs de fbrnbcaux fussent les plus nombreux, tellement 110111brcux que tout combat dc\'111ti111possible. li fit p:nt de ses réflexions à SC'> clC\TS, tandis que les force~ l'll prcsence s'cpournonnaicnt en des acclamations et des in,·ccti\'es, tels les héros d'Ilomcrc avant d'en venir :iux mains. A\'cc cette diffcrcncc que, non seulement les ennemis s'ignoraient rcspcctiYcment, eux et leur gcncalogic, mais encore ne se

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