LA REVUE SOCIALISTE Acharnès a s'invectiver, les deux groupes n'avaient pas pris garde a la fugue de Pierre. - Louise, supplia-t-il, allez Yous en. Il peut y avoir du danger pour YOus. - Il n'y en a pas plus pour moi que pour la citoyenne qui ctait a l'instant à ,·otre bras. Ces mots causerent a Pierre une grande joie et une petite douleur. - Fort bien, dit-il. Nous nous expliquerons vite. Georges, ayant reconnu Pierre, vint lui serrer la main. Puis il le prèsenta à son père et à son frcrc, gui l'accueillirent très cordialement. - Il faudrait arranger cela, dit Pierre, revenu trcs vite au sentiment de la situation. - Pourquoi? dit Georges en riant. Laissez donc! On s'amuse un peu. \'ous savez, clic est trés chouette votre illumination. - Incorrigible, donc? ·- Mais non. Seulement, je jouis de 111011 reste. Pensez donc, je m'embarque apres-dcmain. Un groupe menaçant se formait autour du prècheur. Ducharme et ses fils y firent face, tandis que Georges criait a ses amis d'un ton rnoitiè plaisant, moitié menaçant : - N'y touchez pas! C'est un parlementaire. On ne voit pas son drapeau blanc, mais c'est parce que nous n'avons pas de lumicrc. N'est-ce pas, citoyen parlementaire, que vous avez votre drapeau blanc. - Oui, dit Pierre aYcc flegme. Dans ma poche. Soudain, une voix que Pierre connaissait bien tonitrua: - Oü est-il, cc citoyen qui vient ici énerver la résistance et paralyser les efforts du peuple en révolution? - Lagaline ! s'écria Pierre. - Bon! fit Lagalinc. J'allais faire un joli coup. Et se tournant vers eux, il dit à ses partisans: - Citoyens, je connais cet homme. li n'ost pas des notrcs, c'est vrai; mais je rèponds de lui. Pierre protesta. Il ne voulait pas qu?on le cautionnât, et préférait courir le risque de subir les conséquences du mouvement qui l'avait jeté dans les rangs ennemis. Ses el~ves s'étaient rapprochés de lui, suivis de la foule porteuse de lumicres, et les deux troupes se touchaient. Mais :\ mesure qu'elles s'étaient rapprochées, leurs cris a\'aicnt changè de caracterc. Aux i1wectivcs lancècs sur le camp opposé et aux pe1s01111alitésinjurieuses ou moqueuses avaient succédé les acclamations propres aux deux partis.
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