LE RÊVE DE PIERRE DAVA~T 549 En effet, on ente1idait dans le lointain un bruit de clameurs. Pierre dit à la citoyenne Gauthier : - Rentrez dans la gare et prenez le Métropolitain. Vous ne pouvez songer à traverser cette cohue. - Pourquoi non? répondit-elle. Une réYo!ution est assez rare, au temps où nous vivons. Je ne Yeux pas me priver de cc spectacle. Jusqu'à présent, nous n'avons pu faire hi-dessus que des études thcoriques ... - Une révolution! se récria Pierre. Une émeute, tout au plus. - Nous ne pouvons rester là sans saYoir, dit un étudiant. Prenons un parti. - Pas celui de l'émeute, en tous cas, lui dit en riant son voisin. - Qu'en sayons-nous? Ils ont peut-être raison, fit l'étudiant. - Il ont tort, riposta Pierre, qui avait entendu . . - Comment pouvez-vous dire cela, ne sachant pas cc qui s'est p:-is~é?lui dit aigrement une ombre qui s'agitait auprés de lui. - Ils ont tort de plonger la ville dans l'obscurité, au risque des pires malheurs. - li n'y :1pas de pire malheur que celui qui ks frappe, répondit durement l'ombre agitée. - Bon! j'y suis, s'écria Pierre. Cc sont les spirites. Le tribun:11 les a condamnés? - Oui, et c'est une infamie qui cric vengeance. Dissoudre leurs associations, interdire leurs réunions! C'est une Yiolation du ·pacte fondamental. - Ne pouvaient-ils en appeler au peuple? - C'est ce qu'ils font. - Ce n'est pas le peuple qui leur répond ce soir, fit la citoyenne Gauthier. C'est la foule. Et nous en serons heureusement quittes pour une soirée tumultueuse, et qui n'aura pas de lendemain. - Vous n'iriez pas leur dire cela de prés, grond:1 l'interlocuteur de Pierre. - Non? Eh bien, vous allez Yoir si je vais me gêner, fit avec emportement la jeune fille. - Vous avez raison, dit Pierre. Allons. Il doit y avoir par là de bons citoyens. Mais dans une telle agitation, prenons garde de perdre notre sang-froid. - Bien, dit la citoyenne Gauthier, subitement calmée. Allons. Ce n'est· pas mon rôle de parler à la foule. Je ne l'eusse assumé qu'à défaut d'un autre citoyen. - On s'explique mal dans l'obscurité, fit une voix. Allons d'abord au secteur .et remettons les machines en marche, s'il est possible.
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