La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

542 LA REVUE SOCIALISTE acculé à la chute, puisqu'aussi bien les unionistes disposaient Outre-Manche d'une majorité de I 50 voix dociles et disciplinées. Elle sort d'une situation économique qu'il conYient d'exposer en quelques mots, et qui nous donnera la clé de tout le déroulement des faits rc.:centsdans l'Afrique du Sud. Si le Royaume-Uni s'est résolu à jouer le tout pour le tout dans cette partie du monde, c'est-à-dire à heurter non seulement au Transv:ial et dans }'Orange, mais au Cap, en atalie, :iu Griqualand, au Betjouanaland, le puissant clément hollandais, l'énorme parti des Afrikanders, s'il a couru les chances ou d'une victoire capitale ou d'un effondrement desastreux, s'il concentre aujourd'hui ù Durban, à PortÉlisabeth, à East-London, la plus gigantesque armée gui ait jamais franchi les mers, c'est que peu à peu son influence periclitait, son prestige s'effritait dans ses propres domaines. Le deplacement de l'axe economique, dans la partie australe du Continent noir, compromettait une entreprise séculaire. Le Cap, jusqu'en 1890, fut le centre industriel et commercial de cette region. A partir de r890, la primauté passa à Johannesburg.Là où le desert du Veldt s'étendait à perte de Yue, à peine parcouru par quelques troupeaux de bœufs ou de moutons, une Yille surgit subitement, depassant par la rapidité de sa fortune toutes les cites champignons des deux Amerigues; en sept annees sa population monta de 3,000 à 105,000 indiYidus. La découverte et l'exploitation des gisements d'or du Rand imprimèrent à la république sud-africaine une circulation commerciale à p~u près sans égale dans le reste du monde ci\'ilisé, et ce pays, qui compte de 250 à 300,000 blancs producteurs et consommateurs, et 700,000 Cafres sans beso~ns et sans industrie, porta ses (changes à plus de 700 millions. Le Cap, la Natalie, tendaient à devenir simplement des entrepôts de transit entre le Transvaal et l'Europe, et par suite, leur subordination economique à s'affirmer chaque jour davantage. L'assimilation politique eût infailliblement suivi, grâce au rayonnement croissant de l'élément hollandais et à la formation soudaine d'une fraction dite Afrikander qui, très remuante au Natal et déjà maîtresse du ministère au Cap, m:irquait la YOlonté trés ferme de préparer l'émancipation de l'Afrique australe. L'impérialisme anglais, ici comme partout ailleurs, n'a donc été qu'une défensive, brutale, intempérante, inhumaine, sans doute, mais une défensive. La guerre est apparue comme le seul moyen d'enrayer le séparatisme de deux grandes colonies. Vus sous ce jour, les cvénements changent peut-être d'aspect, mais nous n'avons pas plus l'intention de disculper la GrandeBretagne que de l'incriminer. Nous constatons seulement que le conflit présent, comme tous ceux de notre époque, se rattache strictement à <les causes d'ordre economique. Au lieu <l'essayer <le resoudre sa

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