La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

53° LA REVUE SOCIALISTE inférieures de la théorie marxiste comme des dogmes sacro-saints, auxquels on ne peut toucher sans ébranler l'édifice tout entier. Etait-ce l'applaudissement un peu bruyant par lequel des. adYcrsaircs du socialisme saluaient ma critique qui les étourdissait? Etait-cc la crainte que mon exposé découragerait ou déconcerterait les ouHiers? Le groupe ou la communauté des gens gui crurent la théorie menacée dans ses bases mt'.:mes,prit l'aspect d'une Yéritable eglisc orthodoxe. La critique et les attaques venues de cc côté se refletcnt ou se centralisent dans les articles que K. Kautsky m'a opposés dans le Vorwnerls et la ,\Teue Zeil et qu'il a recueillis et complétés dans un li\'rc intitulé Bernsteill 11J1ddns socialdw,ohratiscbe Prograimn (Stuttgart, Dietz). Cc linc de Kautsky a été acclamé par tous ceux qui me combattent comme marxistes, et il a formé la base theorique d'un discours de six heures qu'au congres de Hanovre Bebel a fait contre mon liHc, et c'est pourquoi la critique de cc line est en même ten1ps la critique de presque tout ce qui, de ce côté, n1'a été reproché. Or le titre du li\'rc de Kautsky est caractéristique pour les tendances de sa critique ... Bernsteinel le progra11111so1ceialdé111ocrale. Le programme social<lémocratc en question est le programme d'Erfurt qui, en majeure partie, a été rédigé par Kautsky et dont l'auteur de ces lignes doit aYoucr avoir été un peu l'accoucheur. Ce programme se divise en deux p:utics : l'une contient les conceptions theoriques et les principes et buts du parti, l'autre ses reYendications immédiates. Cc sont les cinq ou six premiers considérants de la partie théorique auxquels je suis accusé (et je l'ai reconnu) d'être réfractaire aujourd'hui. Elles forment la partie la plus abstraite du programme. Mais cc n'est pas contre la forme abstraite que je me révolte. Les considérants du programme minimum du Parti Ouvrier Français sont encore beaucoup plus abstraits, mais ils sont, à mes yeux, à tous les points de vue, supérieurs aux paragraphes en question du programme d'Edurt. Ils se bornent à caractériser les tendances générales de l'industrie moderne, l'élimination de la forme individuelle par la forme collective, et à constater, en aussi peu de mots que possible et d'une manicre tres prudente, le but général du parti et les conditions économiques nécessaires à la réalisation de ce but. Les paragraphes théoriques du programme d'Erfurt sont assez diffus. Cc n'est plus une exposition circonspecte des faits ou des tendances, mais une description dramatique des résultats. Le langage en est plutôt emphatique, c'est un réquisitoire plein de verve, uu appel aux sentiments, à la passion. C'est un excellent morceau pour l'agitation, oü l'cxagcration est justifiée par la nécessité de remuer les esprits lourds. Mais il ne reste plus dans les faits, il n'est plus de la science.

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