LA REVUE SOCIALISTE dirio-cant a la suite du o-érant \"ers le palais social. Sur le seuil de 0 0 l'usine, le gardien salua Pierre, et celui-ci, en lui rendant son salut, s'étonna. Cet homme n'avait qu'un bras. - Nous avons étc autorisés par le syndicat général et par l'administration publique à utiliser, s'ils le désirent, ceux de nos associés qui ont été victimes d'un accident. Ce n'est point par aYidité que nous agissons ainsi, mais par un sentiment amical envers ces pauvres camarades, qui se désespéreraient de n'être plus bons à rien dans cette communauté qui les a vus naître et qu'ils aiment comme une patrie. Ils reçoiYent clone le salaire normal, et leur prorata clans les répartitions d'excédent, car ils comptent toujours à l'effectif du chantier ou de l'atelier ou ils ont étc mutilés. Mais, tant qu'ils sont dans cette situation, ils renoncent à l'indemnité de la caisse nationale. C'est pour cette dcrnicre raison que l'administration publique n'a eu garde de nous refuser l'autorisation de les utiliser. Les gardiens du jardin et du parc, placés là pour empêcher les enfants de clév:1ster les fleurs ou de jouer trop près de la rivière, sont des inYalides du travail. On va leur tenir compagnie, faire la causette :1vec eux, et ils sont fiers de se rendre utiles clans la mesure des forces qui leur restent, car ils sentent moins, ainsi, le malheur qui les a frappés. - Au temps jadis, fit Pierre, pour empêcher les victimes d'accident de leur intenter un procès qui d'ailleurs était perdu d'av~nce, les industriels leur offraient une mince somme et un petit emploi dans le genre de ceux que vous attribuez à vos invalides. Seulement dès que le malheureux s'était désisté, ou que la prescription était acquise au patron, celui-ci chassait le mutilé sous un prétexte, pour faire place à une autre victime, à une autre dupe. - Oui, cela a duré en France jusqu'à la fin du dix-neuYièmc siècle, ou une loi sur les accidents, fort imparfaite d'ailleurs, est venue mettre le risque à la charge de l'employeur et contraindre celui-ci de recourir à l'assurance. - Quelque chose m'échappe, dont je Youlais Yous demander le. mot, dit au gérant le jeune interrogant. - Laquelle? - Selon la constitution fondamentale de l'état social, vous n'êtes pas propriétaire de YOtre usine? - Non, le Familistc':rc, seulement, aycc ses annexes, est notre propriété. \"ous savez que le sol et les moyens de production àpparticnnent à la Société. - Oui, et c'est justement ici que je ne saisis pas bien le mécanisr.1c des rapports de l'État et d'un établissement industriel comme le Yôtre. Le sol et les bâtiments de l'usine sont a l'État ...
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