PROUDIIOl's PHILOSOPHE sen·ira donc de support, - non pas l'utilité. Immédiatement, et pour les besoins de sa logique, Proudhon donne à cette dignité une extension abusive et dit que son existence est connexe à celle de l'homme, dans l'espace et dans le temps. Elle engendre la réciprocité, constitue la moralité et donne une notion exacte du droit et du dcYoir. D'après les idèes courantes, l'existence d'un tel sentiment de dio-nité est Je t:, ' toute nécessite, associèc à celle dl'. la ciYilisation à l'usao-c d'un cer- ' 0 tain vernis dans les ·relations constantl'.s. Cependant nous nous trouyons en présence de cc fait : pl'.'.riodiqucment et :i courtes éché:rnccs, d'épouYantables luttes ont lieu Je peuple à peuple gui semblent faire reculer l'humanité jusqu'aux confins de la barbarie. Les participants de ces exploits sont-ils donc déchus de toute dignité? Certes, non, répond notre dialecticien. La réciprocitl'.'.dl'. la force, le respect, par les bdligèrants, de certaines conYcntions usitées en pareil cas, la reconnaissance d'un droit des gens, l'acte même de la guerre qui n'est pas simplement un combat de loups affamés, les armistices et les traités de paix, toutes ces restrictions en un mot qui sont apportées à l'acte sauYage de la lutte, démontrent amplement que la guerre est un phénomêne revêtu de la sanction humaine: la dignité, et que la reconnaissance en est réciproque. La Force mise en œuvre dans ces conditions est donc l'exercice d'un véritable droit. Du reste, aYant les sociétés policées, il existait des tribus, des clans qui ne l'étaient pas. li en existe encore. Ces tribus étaient-clics donc dépourvues de tout droit, de toute moralité? on certes, puisqu'elles étaient des réunions d'hommes. La rl'.'.ciprocitéexistait aussi, mais c'était la réciprocité de la force. li y a donc un Droit de la ~orce, primitif, originaire, sur lequel Yicndront se greffer tous les autres droits et qui leur senlira d'assise. L'appareil méthodique apparait ici clairement. Dans la série du Droit il y avait un Yidc; Proudhon, en nrtu de sa théorie sérielle n'hésite pas à le combler aYcc la qualité existante dans les autres termes de la série. Qu'il nous suffise de dire que cc n'est pas l:i une interprctation. Les deux ouvrages de Proudhon déjà cités justifient cette exposition ( I). En un mot, la logique occupe dans cc système une place très importante et qui n'a pas été suffisamment remarquée. La faculté qu'avait Proudhon de boucher les trous, d'analyser les notions, de synthétiser les dcmonstrations en fait un des plus solides dialecticiens que la Francr ait produits. N'est-cc pas lui d'ailleurs qui s'ecrie: « Périssent les institutions plutôt que lès principes! Périssent les principes plutôt • (1) Voir spécialement De la Justice, JI• Etude, § 1, et La G11trreel la Paix. Conclusions gênérales, II, p. 384 et suivantes.
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