La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE La série dialectique se décompose en trois éléments : le point de vue, la matière qui n'est bien souvent que le point de vue, et la raison ou rapport des unités. Le raisonnement sain s'effectue donc ainsi : Étant donné un point de vue, soit réel, soit fictif, on ramène à l'unité des idées etrangères, sans rapport '.apparent, mais qui cependant sont identiques quant au point de vue. C'est par ce moyen que les biologistes exécutent <les classifications d'animaux et de plantes. ous a\'Ons la latitude de varier et de multiplier les points de yue, et le nombre de Yérités découYertes sera corrélatif à la multiplicité de positions. Mais la dialectique ne fournit pas de critérium; la détermination, toute subjective soit-elle, n'en doit pas cependant être purement arbitraire; « elle doit toujours dériver de la nature des choses». Le point de Yue découvert, nous avons la science elle-même; pour parfaire nos connaissances, il nous reste à multiplier les points de vue et a les reunir sous une même série, incomplète il va sans dire, puisque nos moyens sont nécessairement limités. Nous possédons maintenant l'explication très nette de toute l'œuvre <leProudhon. Le vrai, dit-il, n'est pas relatif à la quantité. Ce qui est \Tai d'une chose normale l'est certainement d'une chose anormale considérée sous le même angle. Lorsque l'observation est impossible, nous avons conséquemment le droit d'user de logique pour combler les fissures existant dans nos séries. Il en usa largement; :'ttel point que la plupart de ses ouvrages sont simplement des constructions logiques. Son « instinct divinatoire» dont il parle quelque part n'est que cela. Nous en donnons un exemple frappant. Un des derniers ouvrages que publia Proudhon (1) eut le don de laisser le public stupéfait et quelque peu désorienté. Il revêt néanmoins, à la lueur de la série logique, une clarté inamissible. Après la publication de son gros ouvrage De la Justice, sentiment et notion dont il entrevoit la source dans la dignité humaine, notre réformateur se trouve amené à rechercher le pourquoi de la guerre; en ayant trouvé l'origine dans la Force, il conclut a l'existence d'un Droit de la. Force. D'après les idées courantes, il y a flagrante contradiction entre la Justice et la Force, entre l'exercice de l'une et l'usage de l'autre. Comment, en effet, reconnaître à la fois et le droit du plus fort et la prépondérance de la Justice? Apparemment ces notions sont antagoniques et s'excluent infailliblement. La dialectique sérielle va cependant nous mettre sur la voie. Ce qui constitue un droit humain, véritable, positif, c'est la réciprocité. Afin <l'être constante, absolue, cette réciprocité doit n'être pas assul.ettie aux oscillations de l'intérêt individuel· la dionité humaine lui ' 0 (1) La Guerre et la Paix, deux volumes.

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