La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

PROUDHON PHILOSOPHE 477 qui raisonne sur tout, sans méthode ni critérium reconnu, dont l'objet est imprécis, le champ sans limite, n'affecte pas le caractere de limite qui distingue la série. On ne peut, en vérité, compter pour séries naturelles la division des codes en titres, livres, chapitres, sections, articles, les sept sacrements, les douze articles du symbole, les trois vertus cardinales, etc. Lorsque cette loi universelle de classification devient source de connaissance, elle èonstitue la mctaphysique. Elle n'est point science, mais méthode, non pas méthode spéciale et objective, mais mcthode sommaire et idéale. Loin d'être a priori, elle repose tout entiere sur l'expérience; toute science a priori est illusoire et toute connaissance suppose une étude. Toute cette théorie, fort spccieuse, est purement artificielle. Oui, les sciences sont spécialisées, classifiées, sériées. Mais les séries qu'elles composent n'ont aucune action sur la véritc de leurs affirmations. Le faux peut être subdivisé, gradué aussi facilement que le vrai. La série naturelle n'est qu'une qualitt: des vérités scientifiques, elle ne démontre rien. Les doctrines expérimentales sont démontrées par des procédés inductifs, les sciences abstraites par des proccdés dcductifs, mais la scriation, ajoutce après coup, est purement arbitraire. La singulière démonstration du théoréme : « Pourquoi deux et deux font quatre? » est un exemple de l'artifice de toute cette exposition. Nous pouvons d'ailleurs imputer :\ cette théorie un grief plus important. Les affirmations scientifiques varient incessamment. Subissant la loi du progrès, elles sont constamment remaniées, les analyses sont plus nettes; l'expérience plus étendue accroît considérablement notre possibilité de comparaison des faits. Nous assistons donc continuellement à ce qui pourrait sembler une défection de la science: une théorie est aujourd'hùi substituée à celle qui hier ctait défendue avec acharnement. Or, la doctrine défendue hier ètait sériée comme celle qui l'emporte aujourd'hui. Si l'exactitude d'une science ne vient que de cette qualité de subdiYision, qu'est-ce qui occasionne le degré supl'.:rieur de certitude, échu à la doctrine la plus récente? D'ailleurs, Proudhon finit par donner nettement sa pensée. Apres avoir, à plusieurs reprises, affirmé que la série est la « condition suprême de la science», il nous indique la façon dont il l'entend: « On comprend que la théorie sérielle toute puissante pour la démonstration de la vérité n'est point une méthode d'invention ou de découverte. Elle n'enseigne pas à trouver la série, pas plus qu'à déterminer le point de vue. Découvrir une série, dit-il, c'est se mettre en sa présence et par l'éveil de l'intelligence, en recevoir l'image » ( I). Fort bien! Mais (1) Crénlio11de l'ordrt, p. 212.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==