La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

PROUDHON PHILOSOPHE 475 que préconise la «philosophie», Proudhon tente une reconstruction: la dialectique sérielle dont Fourier lui fournit les Uements. En voici l'exposé : La méthode ne se cree pas : elle existe. On la decouvre partout, on la puise partout. Elle jaillit du fait. Tous les êtres Yivantsla metknt en pratique. AYant d'être théorie, elle est instinct; aYant <l'être raisonr1ée, elle est inconsciente ( r). Cette méthod~ doit nécessairement se retrouver dans toutes les sciences. Pour l'y découvrir, il s'agit simplement de dégager leurs caractéres d'identité; nous aurons ai11si ce qui fait leur certitude :\ toutes, et toutes les sciences, dont la synthèse est impossible, puisqu'il nous est interdit de dépasser le rapport, toutes les sciences reposeront ainsi sur une même base. Les sciences morales et politiques ellesmêmes ne doiYent pas être exclues de ce rapprocheme!1t (2). Elles aussi doivent être assujetties aux mêmes conditions de certitude, à peine de rester dans le Yague, dans l'illuminisme, de demeurer religieuses ou « philosophiques », - d'être douteuses - au lieu de devenir scientifiques, certaines. Ce caractère d'identité que contiennent toutes les sciences et qui fait leur ex:ictitude, est la série. Toutes les vérités scientifiques sont la conclusion de séries qui se décomposent en propositions particuliéres, en faits classifiés suivant un ordre donné. Cette sériation n'est pas une pure i1wention humaine. Elle existe dans la nature agissante et nous en constatons l'existence :\ chaque pas. Si les mathématiques, les découvertes astronomiques, les faits biologiques, le langage sont divisés, la même opération se retrou"(le dans les ah·éoles de l'abeille, la toile de l'araignée, etc. Cette identité dans la graduation est uniYerselle; elle fait la certitudl: <letOl}tes les sciences, des sciences abstraites comme des sciences d'expérience. Et d'ailleurs l'expérience est, en dernier ressort, la source des mathématiques; c'est elle qui leur fournit son appui ; c'est par elk que nous en avons la connaissance premicre. Loin d'être un produit de l'intelliligence, l'arithmétique et la géométrie sont essentiellement objectives. De plus, les sciences abstraites ne se <lémontrent pas par le syllogisme. Car lorsque le mathém:iticien dit: A est égal à B, or B est égal (x) ·cette nouvelle affirmation, loin d'être altérée dans la suite, reçut au contraire une confirmation éclatante : « La nature au point de ,·ue de l'esprit se manifeste par un double essor, l'instinct et la raison. Ce qui caractérise l'instinct, c'est la promptitude, l'intuition, la spontanéité, l'infaillibilité; ce qui distingue la raison est la mémoire, la réflexion, l'imagination, le raisonnement, l'erreur ou vagabondage, le progrès. Le premier est à proprement parler la forme de l'intelligence en Dieu; la seconde est l.t fonne de l'iutelli.,.ence dans l'homme. » (Co11J.d'un rivol. p. 142). (2) Cette op~1ion n'est pas aussi paradoxale qu'affe,te de le croire M. Desjardins (op._cit. I, p. i2). Elle est fondamentale chez les positivistes et sociologistes modernes: Auguste Comte, Stuart Mill, Spencer l'ont défendue.

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