472 LA REVUE SOCIALISTE une méthode aux sciences qui en manquent, fournir un critérium absolu de véritc, et donner en dernier lieu des conclusions sur le monde. II I A cette époque, la méthode syllogistique n'était pas en odeur de sainteté. te réformateur, sacrifiant à la mode, plaisante cc mode de raisonnement et y insiste même plus que de raison. Les griefs qu'il lui impute et sur lesquels il s'étend avec une complaisance fastidieuse, ne se signalent pas par leur nouYeauté ( I ). D'après Proudhon, syllogisme et sophisme sont tout un. Loin de tirer sa certitude des prémisses, c'est plutôt la conclusion qui leur communiquerait la sienne. Puisque le genre n'est que la collection des espèces, c'est la certitude du particulier qui détermine celle du général; la majeure d'un syllogisme n'est vraie, dit-il, qu'autant que la conclusion est prouvée. Au surplus, le syllogisme n'est pas nécessairement source de preuYe. L'usage qui en a toujours été fait, démontre prccisément le contraire. Tous les syllogismes du monde sont vicieux en cc qu'ils admettent sans preuve une proposition générale, puis une proposition hypothétique plus douteuse encore, et tirent de là des cq__nclusionsbaroques. Du reste toute preuve fournie par voie syllogistique peut être infirmée aYec autant de raison par un autre syllogisme. A l'appui de cette thèse deux syllogismes Yicieux sont pris pour exemple ( 2). On le Yoit, Proudhon ne se demande pas quelle est la capacité sui geueris du syllogisme, ni dans quelles conditions il est susceptible d'acquérir une réelle puissance. Limitant son observation à la façon déplorable dont il fut trop souvent employé, il constate le peu d'exactitude des conséquences qui en dérivent, et le condamne. Le philosophe n'a pas recherché si le syllogisme a une valeur intrinsèque ou s'il peut devenir d'une portée plus décisive. Au surplus, il condamne toute théorie qui explique le connu par l'inconnu (3). C'est toujours le syllogisme qu'il vitupère et poursuit de la même haine, sans s'apercevoir que sa critique s'applique à toute méthode possible. Il n'est pas en effet d'autre façon d'expliquer que (1) Crèatio11 de l'ordre, p. 70 et suiv. (2) Au syllogisme : Le mal ne peut être l'effet que d'une nature intelligente et libre; or 1° Dieu est l'être souverainement bon et parfait; 2° Au contraire l'homme est .:urieux, indiscret, borné dans ses moyens, asservi a ses sens, etc. ; donc ... , Proudhon oppose le syllogisme suivant qui J'infirme : Si l'homme est auteur du mal, ou Dieu a prévu que sa créature abuserait de sa liberté, ou il n'est pas omniscient. S'il l'a prévu sans l'empêcher, il est impuissant; s'il a pu l'empêcher et qu'il ne l'ait pas voulu, il est méchant (Création, p. 82). En réalité ces deux syllogismes se valent : tous deux sont vi • cieux. (3) Création de l'ordre, p. 219; De la]ttslice, VII§ 3.
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