La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

470 LA REVUE SOCIALISTE études ne doivent s'appliquer qu'aux faits; quant à la formule qui réunit tous les phénomènes du même ordre, la spéculation ne peut rien nous en apprendre : car cet en soi n'est qu'une catégorie de l'entendement, un concept. Or « la faculté de former un concept ne nous donne pas le droit d'affirmer au delà du concept même» (r). Mais si l'en soi doit être éliminé de la recherche scientifique, il ne s'ensuit nullement que le concept d'absolu soit illégitime. Proudhon l'admettait en métaphysique. ·Mais, ajoute-t-il, rien de pareil dans la science. Ici nous devons l'élaguer; c'est ainsi que l'on procède pour faire de bonne physique, de bonne chimie; c'est ainsi que l'on doit procéder en morale, surtout en morale. En vertu de cette théorie, il admet également la distinction du moi humain en deux substances, c'est-à-dire qu'il admet cet en soi, en tant que concept servant à faciliter la classification scientifique des phénomènes distincts. Mais il repousse énergiquement la théorie cartésienne de la réalité et de la distinction essentielles de deux substances : le corps et l'âme (2). Il en est de même pour les causes : s'il en est, elles ne sont pas connaissables. D'ailleurs il est plusieurs façons d'en concevoir l'existence. On peut imaginer la cause comme agissant par géµération pour produire l'effet; on entend également par cause la force primiti\'e qui détermine un changement d'état, un mouvement. Mais « qu'on m'explique une fois ce que l'on entend par ces mots : rapport de l't..:ffet ù la cause. Pour moi, je YOis des termes enchaînés les uns aux autres dans des séries variées à l'infini; mais je ne connais point de cause ... et je ne saurais dire ce qu'une cause peut ou ne peut pas produire>> (3). L'absolu est donc rejeté ici, car sa perception est impossible. Le rapport, seule réalité qui offre à notre observation une solidité indiscutable, sera pris pour but de nos efforts. En découvrant de nouveaux rapports, de nou\'eaux enchainements de termes, nous connaîtrons des lois. Même en politique nul ne fait des lois : on les découvre, et les législateurs déraisonnent. Ce rapport, que Proudhon défendit toujours avec vigueur, ne tarda pas à l'hypnotiser. Il en arrive à spéculer presque exclusivement sur la relation existante entre les éléments, au lieu d'analyser les éléments eux-mêmes. La théorie de la Justice immanente n'est que la consécration du rapport; ce rapport, il l'exhausse, l'exalte et le personnifie dans la réciprocité de la dignité. Il semble oublier que la relation (1) jésus et les origi11esdu Chrislia11is111e, p. 25. (2) De la Justice, \"JI• Etude, Il' vol. p. 280 et suiv, (3) C1·éalio1d1e l'ordre, p. 5l •

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