PROUDHO~ PHILOSOPHE tique, d'autant plus que nous constaterons à chaque pas la confirmation qui lui sera donnée par les théories subséquentes (1). Dans ce volume deux influences trés nettes doivent être notées : celle de Kant et celle d'Auguste Comte. A cette époque le succès des théories kantiennes battait son plein. L'impuissance de la raison pure était admise, ou tout au moins connue du public lettré d'Allemagne et de France. Le mécanisme des antinomies ètait en Allemaane sur- ' t> tout, d'un emploi théorique constant; il était de mode de rire du syllogisme. La foi· religieuse anit beaucoup souffert de cette orgie de métaphysique à priori. Les théories absolutistes de Hégel, et le mouvement exégétique qui en était la conséquence furent impuissants à rétablir la métaphysique transcendante dans son antique sanctuaire. La méthode sérielle que systématise Proudhon, était donc entourée d'un ensemble de déductions kantiennes ( 2). Il commence tout d'abord par écarter la religion et la philosophie. A la religion, il reproche sa méthode qui n'en est pas une: la foi. Le fidéisme qui s'oppose au raisonnement, nous immobilise et détruit en nous toute vie : « Quand on en est arriYé 1:\, il faut mourir; on n'a plus rien à faire au monde et à dire aux hommes. » Il _emploie le mot « philosophie ,, dans le sens spécial de recherche des causes, par opposition à la science qui. aura pour unique objet le rapport, la relation, le fait. Ici se fait sentir l'influence kantienne : pas plus que les substances qui toujours servirent de prétexte aux diYagations de la transcendance religieuse, l'esprit huma:n ne peut saisir les causes. L'en soi et les causes sont hors de notre portée. Jamais l'en soi, le noumène, ne doit être pris pour but de recherche, mais seulement comme moyen de classification scientifique. Ainsi, nous prenons une certaine quantité de phénomènes relatifs aux organismes, et les subsumons sous le concept vie; nous prenons des phénomènes de pensèes, d'idées, etc. et les réunissons sous le concept esprit. Mais qu'est-ce en soi que la vie? Qu'est-ce en soi que l'esprit? La science fait profession de l'ignorer (3). Nos (1) Nous devons ici préciser notre but: Rechercher non les idées méthodiques de Proudhon, particulières :i telle ou telle époque, mais au contraire celles qui se retrouvent dans tous les ouvrages traitant du même objet et qui nécessairement sont fondamen • tales. En d'autres termes nous recherchons quel est le développement, mais sans faire ni synthèse, ni interprétation : nous aurions la certitude d'échouer. Nous éliminons donc complètement le publiciste pour ne conserver que le penseur, consid~rant qu~ ce qui chez Proudhon est intéressant pour nous, ce sont ses idées principales. Ce travail consisterait donc plutôt à collationner les ressemblances que les contradictions. Les ouvrages suivants : Co11tradictio11Ésco11omiq11es, De la Justice, nous ont également été de quelque utilité. Ce procédé sera, au surplus, justifié par des citations lorsqu'elles seront nécessaires. (2) Il reconnait clans ce volume que cette théorie lui a été suggérée par la lecture .de Fourier. (3) De la Justice, VJI• Ërnde, § 2.
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