PROUDHON PHILOSOPHE dans l'entendement : c'est cet ordre que nous nous sommes flattés de découvrir. .. >> ( r) A la vérité, cette méthode n'est rien moins que démonstrative; la preuve est ici trés spécieuse et reléve surtout du domaine de la fantaisie et de l'arbitraire. Mais ce procédé artificiel cadrait bien avec les habitudes de Proudhon nous aurons bien des fois l'occasion de le constater. Si l'on se place à un autre point de vue quel qu'il soit pour étudier cet ouvrage, on en arrive infailliblement à cette conclusion "que Proudhon était socialiste - dans le sens allemand du mot. C'est là une erreur. Sa théorie du libre-arbitre, son impératif catégorique, sa théorie du Progrés, sa répulsion pour l'amour libre le démontrent surabondamment. Toutes ces idées sont puisées dans la métaphysique révolutionnaire de 1789, mais n'appartiennent nullement au courant le plus bruyant du socialisme : celui-ci a pour Yéritable préc~nseur Karl Marx. Si plusieurs idées de Proudhon sont incontestablement socialistes, si même certains de ses ouvrages sont exclusivement socialistes (2), il ne faut pas perdre de vue que ces idées font partie d'un tout systématique; que les autres parties ont été rejetées par le socialisme contemporain; et qu'enfin ce système trouve son origine dans les idées de la Révolution française, dont il est le développement poussé à ses conséquences derniéres. D'ailleurs, la portée des Contradictions a été surfaite (3). Il suffit (1) Co11tr.Econom., I, 148. Plus tard, il ajoute dans le même sens: « Le Système des• co11tradictio11ésconomiques ou Grand Livre des mœurs et institutions, peu importe le nombre des cadres, comptes généraux ou catégories, est le nai système de la société, non telle qu'elle se développe l1istoriquement et dans l'ordre des générations, mais dans ce qu'elle a de nécessaire et d'éternel. » (Co1if. d'un ré-v., p. 141.) (2) Voir notamment: Idée gùiéralede la Ré-vol11lioa1u1dix-neuvième siècle et De/a rapacité politique des classesouvrières. Voici, au surplus, comment il l'entendait : « Entend-on par socialisme la philosophie qui enseigne la théorie de la société ou la science sociale? J'affirme ce socialisme. Veut-on désigner non plus la philosophie ou la science, mais l'école, la secte, le parti qui admet cette science, qui la croit possible et qui la cherche? Je suis de cette opinion. C'est en ce sens que le Peuple et le Représwla11tdu Peuple en 1848 étaient deux organes du socialisme. « Aujourd'hui même je fais hautement profession de socialisme et plus que jamais je crois à son triomphe. . « Mais dans les discussions économiques, il arrive qu'on appelle socialisme la théorie qui tend à sacrifier le droit individuel au droit social, de même qu'on appelle par contre individualisme la théorie qui tend à sacrifier la société à lïndividu. Dans ce cas, je nie le socialisme comme je nie l'individualisme; en cela, je ne fais que suivre l'exemple de Pierre Leroux qui, tout en se déclarant socialiste, ainsi que moi, en 1848, n'en a pas moins combattu dans ses livres le socialisme et réclamé la prérogative individuelle. " Ainsi, A. Comte était qualifié de socialiste. (3) M. E. Pelletan (Rev. des Deux-Mondes, op. cil.) va jusqu'à prétendre que « c'est Je livre de Proudhon dans toute la force du terme, car c'est là qu'il a mis le plus du sien, au delà même du sien, quelque chose du possédé ou du convulsionnaire ». Outre que voilà une singulière façon d'apprécier l'éloquence, E. Pelletan oublia de dire pourquoi ce livre est de tous les ouvrages de Proudhon le plus empreint de sa personnalité.
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==