La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE affirmation : << La propriété, c'est le Yol », c'est-a-dire est m1uste, si nous n'avions auparavant une notion exacte de la justice? s'il n'était pas dans nos intentions de rechercher comment se justifie la propriété? si cette justification n'avait pas lieu ailleurs que dans le fait de l'appropriation? Aujourd'hui, la philosophie considère ces recherches métaphysiques comme d'oiseuses disquisitions; mais, convenons-en, dans cc simple mot, git, a l'état de postulat, tout un systéme. Qu'on ne s'y trompe pas. Loin de nous la pensée de prétendre que Proudhon ait eu, dès cette époque, une notion précise de la Justice a\'ec ses étais et ses ramifications, aYec son principe et ses conséquences. li en était, disons-nous, imprégné et comme saturé; et cela suffit. Appuyé sur ce critérium et utilisant une logique très serrée, mais trop purement formelle, son entrée en lice s'accuse par la ruine des explications de la propriété proposées par les philosophes et les économistes. Dans toute cette période négative, dont l'importance a été exagérée, il ne faut guère voir que l'introduction a une œuvre plus durable. Tout ceci n'est que logique. Armé de sa méthode a double tranchant, il argumente, il suppute, il détruit. Mais sa hache n'abat ni la propriété, ni le capital, ni le travail. « La propriété, dit-il, est de fait, mais elle est impossible. » Il détruit d'autant moins qu'il s'empresse d'affirmer : « La propriété est invincible! Cinq mille ans de propriété le démontrent! » Ce qu'il cherche surtout, c'est la justification de cc fait; ne l'ayant pas découverte, il nie la propriété, ou, ce qui revient au mème, il déclare insoluble cette a11/i11omie. Ici, nous voyons nettement l'influence de Kant, qui, plus tard, reprendra, sur les idées de notre réformateur, un empire décisif. Le Système des contradictionséco11omiques t également un tour de force de logicien. M. Desjardins fait une grave erreur dans l'appréciation de l'idée fondamentale de cet ouvrage (1). D'après lui, la systématisation des« catégories économiques » que fait Proudhon: division du traYail, machinisme, concurrence, monopole, impôt, commerce, crédit, propriété, communauté, ne serait que la classification historique des étapes que l'humanité aurait traversées pour parvenir a son état présent. Or, Proudhon le dit expressément : « Je rappellerai au lecteur que nous ne faisons point une histoire selon l'ordre des temps, mais selon la succession des idées. Les phases ou catégories économiques sont dans leur manifestation tantôt contemporaines, tantôt interverties; et de la vient l'extrême difficulté qu'ont éprouvée de tous temps les économistes a systématiser leurs idées ... Mais les théories économistes n'en ont pas moins leur succession logique et leur scrie (1) P.-]. Proudhon, sa vie, ses amvres et sa doctrine, I, 78.

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