PROUDHON PHILOSOPHE se relit jamais ». Il Ya même jusqu'à indiquer à un de ses correspondants le moyen de saisir sa pensée : ,c Souvenez-vous, écrit-il à M. Beslay, souvenez-vous qu'en lisant un ouvrage, il faut commencer par se mettre à l'unisson de !'écrivain, accepter, autant que faire se peut et à titre d'hypothèse, tout ce qu'il dit; suivre ensuite le développement de son idée; puis quand on a tout vu, revenir sur l'ensemble et formuler alors, se~lement alors, son jugement. Quant aux détails, on n'y entre que si la chose en vaut la peine (1). » Chacun peut, à bon droit,- taxer d'étrange une telle méthode. Mais peu importe. C'est a ce prix, paraît-il, que nous aurons une notion exacte de ce dont il s'agit : Proudhon, témoin idoine, l'affirme. Comme, après tout, il messied d'être plus royaliste que le roi, nous avons usé de cette judiciaire. S'il est ardu de donner une explication, du moins, croyons-nous l'avoir compris; et c'est l'exposition du noyau de ses idées que nous présentons. Suivant ses indications, nous aYons admis à titre d'hypothèse la réalité de cette prétention, qu'il n'y a pas, chez Proudhon, incohérence (2). Sauf les contradictions qui sont avouées, nous n'en avons pas trouvé d'importante. Les boutades, enflures de rhétorique, impressions d'actualité, ont été écartées. Le suc de cette individualité puissante est exprimé, et nous aurons atteint notre but si le pressage est régulier. I Logicien et moraliste, tel fut Proudhon. Ici, il atteint véritablement aux proportions d'un homme de génie. Le logicien est terrible, le moraliste admirable. Mais si le logicien s'affirme constam[l)ent, le i moraliste ne se découvre que sur le tard, et l'œune du logicien destructeur aura, par avance, neutralisé ou plutôt tempéré celle du moraliste : de là nouvelle perturbation dans l'esprit du lecteur. Notons cependant que la Justice est impliquée partout ou la logique aura antérieurement exécuté son œuvre de contemption. Que signifierait cette (r) Lettre du 27 mai 1861. (2) « De 1839 à 1852, mes études ont été de pure controverse, c'est-à-dire que je me suis borné à rechercher ce qu'étaient et ce que valaient les idées prises en elles- •mêmes, quelle en était la signification et la portée, où elles menaient, où elles ne menaient pas; .:n un mot, j'ai tâché de me faire des notions exactes et complètes sur les principes, les institutions et les systèmes ... Ce travail n'a pas toujours été compris, en quoi il y a eu sûrement de ma faute. Sur des questions qui touchent essentiellement à la morale et à la justice, il m'est impossible de garder toujours le sang-froid et l'indifférence philosophiques, surtout quand j'ai affaire à des contradicteurs intéressés et de mauvaise foi. J'ai donc passé pour un pamphlétaire alors que je ne voulais être que critique; agitateur, quand je me bornais à demander justice! homme de yarti_ e_t ~e haii1c, quand ma véhémence n'allait qu'à repousser des prétentions mal fondees; ecnvam versatile enfin, parce que j'étais aussi prompt i signaler la contradiction chez ceux qui se croyaient mes amis que chez mes adversaires. » (Lettre du 24 jan,·ier 1856.) ;o
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