LA REVUE SOCIALISTE 1 se conYaincre aisément de la quasi-identité de ses idées fondamentales, de ses théories philosophiques. Elles seules peuvent être pour nous de quelque intérêt. Nous y attachant exclusivement, il nous sera loisible de sentir leur similitude constante.Nous estimons,malgré l'ironie vindicatiYe qu'employait jadis M. Eugène Pelletan ( I ), que le Proudhon de1865 est, à l'état latent, dans le Proudhon de 1840, auteur du premier Mémoire sur la propriété. Le point de vue seul a été changé: de négatif il est devenu positif. A la vérité, sa méthode a bien reçu un choc assez Yiolent; vers 1854, il a rejetc la synthcse des antinomies sociales qu'il recherchait, sur la foi de Hegel, avec assez d'âpreté; et cette élimination imprévue ne laisse pas d'avoir son importance. Mais, si je puis ainsi dire, l'unité de son œuYre y gagne en logique. Dans ses premiers ouvrages, il nous montre l'organisme social, mû entre deux pôles opposés, la thèse et l'antithcse, la propriétc et le communisme,l'autorite et la liberté.La société,dit-il,est àla recherche d'un principe superieur, la synthèse qui contienne en ses flancs et dans laquelle fusionnent ces antinomies. Cette synthèse, il nous la donnera incessamment. Mais afin de ne pas laisser languir son public, Proudhon donne quelques vues sur la« constitution de la valeur». Si, en 1854, nous sommes invités, en capitales dans le texte, à abandonner cette synthcse, nous pourrons suppléer à cette perte: Les antinomies s'équilibreront (2); un Yaste systcme de pondération, de réciprocité, sera conçu. A la synthèse, la Justice immanente sera substituée. Edifiée sur la morale, elle aura des ramifications en méthode, en art, en organisation sociale, etc. On le voit : considérée de ce point de Yue supérieur, l'édification n'est guère que le renversement de la destruction. Le système est un; il nous parait facile de comprendre l'une par l'autre ces deux positions adverses (3). Proudhon l_ui-même estimait que dans ses ouvrages philosophiques, les contradictions sont plus apparentes que réelles.Lorsque ses amis lui rendent tangibles ses allégations inconséquentes, il s'écrie : « Comme c'est bien cela ! >) D'après lui, les assertions hétérogènes, loin de s'annihiler, se complètent réciproquement. Au surplus, il « ne (r) " Proudhon n'est pas plus l'homme d'une orinion que d'une autre; il est Proudhon, et encore ne l'est-il pas toujours. » (Prouc!hon et ses œuvres complètes. - Revue des Deux-Mondes, 15 janvier 1866.) (2) « La Justice en soi est la balaucedes a11tiuo111ies, c'est-à-dire la réduction à J'équilibre des forces en lutte, l'équation, en un mot, de Jeurs prétentions respectives ... J'ai mis au-dessus de la liberté la Justice qui juge, règle et distribue. » (Lettre à M. Langlois, 30 décembre 1861.) • (3) " Après avoir fa:t pendant près de vingt ans de la critique et de la logique, j'ai publié un dernier ouvrage qui contient, pour la première fois, la suite de mes principes positifs, l'ensemble de mes affirmations, telles que dans leur expression la plus générale, elles pouvaient résulter pour moi des données antérieures : cet ouvrftgc est mon livre de la ]11s/ice. » (Lettre du 15 janvier 1859.)
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==