LA NATURALISATION DES JUIFS ALGÉRIENS 459 taire, qui, seuls de toute l'Algérie, ont demandé à faire leur service en France et pendant trois ans, ont en horreur la France qui leur a donné une patrie et a fait d'eux des hommes et des citoyens : rien n'est plus naturel. Ces gens-là ne peuvent évidemment avoir à la bouche qu'un seul cri : « A bas les Français! » A ce propos, rappelons un souvenir, raconté aYec autant d'lmmottr que de véracité, par un publiciste algérien de grand talent, M. Pierre Batail. Âpprenons de lui comment, en Algerie, on fabrique les manifestations injurieuses contre la France: li advint qu'un jour je fus, paraît-il, traité de « sale Français! >> par un Juif. Mon avocat, qui n'assistait pas aux explications un peu vives que j'avais eues avec mon Hébreu, affirma avoir entendu l'épithète, laquelle, me disait-il, devait produire un effet énorme sur les juges de la correctionnelle et surtout sur le public. Le plus in\'raisemblable, c'est qu'il trouva des témoins! Je n'en revenais pas. A l'audience, lorsque le président me demanda si j'avais été insulté de cette façon, je n'hésitai pas un instant à dire la vérité, encore que je fusse très monté contre Je Juif en question. • - Je n'ai rien entendu de semblable, dis-je. J'en fus quitte, ce jour-1:i, avec une amende de cent francs : c'était pour rien. Quand je fus condamné à soixante jours de Barberousse, le journal auquel je collaborais, plus généreux que les juges, porta la peine à deux ans. Cette exagération devait encore - on me l'annonça le lendemain, au moment où je protestais, croyant ù une simple faute d'impression - provoquer l'indignation générale. li n'en fut rien. Il va sans dire que je n'en fus point fâché; et je sortis de ce milieu, un peu é.:oeuré de ces procédés. Enfin j'eus encore, un peu plus tard, à me Jouer de mon directeur, qui poussa l'antisémitisme jusqu'à me faire payer une partie des amendes que j'avais encourues grâce à son entêtement. Tout cela me revient à la mémoire, toutes les fois que j'entends porter contre les Juifs la même accusation. Continuons la série édifiante des agressions et provocations juives. Au mois de janvier der-nier, le doux Milano Ya faire une conférence à Boufarik. Le lendemain soir la manifestation battait son plein. Les Juifs avaient l'audace de s'apprêter, comme tous les autres patentés, à vendre leurs marchandises, car c'était jour de marché hebdomadaire. Quelle morgue insupportable ! « lis ont dù fermer leurs portes, » raconte le Télégramme. Trois bouchers d'Alger ont dù fuir le marché sans avoir rien acheté. Un marchand de chaussures, qui avait installé sa tente et qui ne voulait pas s'en aller de bon gré, s'est vu enlever toutes ses marchandises, qui ont été jetées en dehors du q1arché.
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