442 LA REVUE SOCIALISTE governor de nous autres et pas des Juifs? Alors nous n'aurons plus besoin de travailler; vous, les Français vous partirez pour la France, et nous prendrons tout ce qu'il y a. - Qu'est-ce que tu me racontes-là, lui dis-je?- Oui, tu verras, M. Max Régis sera goi•emor, et vous autres, avec les Juifs, vous faudra partir. » M. PouRQUERY DE Bo1ssERIN. - A quel journal cette interview étaitelle adressée ? M. LE COMMISSAIREDU GOUVERNDIENT.- Elle a été publiée dans le journal le Télégra1111ue, auquel elle a été communiquée par un colon. • Un témoignage plus sérieux, plus grave, je l'ai trouvé dans une lettre de M. le général Larchey, à la suite d'une de ses instructions générales, lettre adressée à M. le ministre de la guerre qui a bien voulu m'en donner communication. Je cite seulement ces quelques lignes : << Les intrigues, le,s troubles qui se sont produits en Algérie ont amené les Arabes à se cor.sulter plus q~e par le passé, à faire de la politique; ils sont mûrs pour les complots. » Quelques jours avant mon départ, j'ai reçu une lettre que je crois devoir vous faire connaître, parce qu'elle émane de quatorze notables indigènes de la ville d'Alger, savoir : les muftis des deux mosquées, les deux cadis d'Alger, les imans et les professeurs de medersas et plusieurs conseillers municipaux indigènes d'Alger et de Mustapha:, « Monsieur le gouverneur général, « Vous allez, nous dit-on, partir pour la France, afin d'exposer au Parlement la situation de l'Algérie. N'oubliez pas, nous vous en prions, les quatre millions d'indigènes dans la discussion qui va s'ouvrir. << Le vent du désordre, depuis déjà pks d'un an, vous empêche et nous empêche de traiter de tout ce qui est utile ... Nous sommes fatigués, nous sommes épuisés par l'agitation; nos affaires commerciales sont paralysées, nous ne pouvons plus trouver nulle part les crédits nécessaires à nos entreprises agricoles ou commerciales ... Le séjour d'Alger devient intolérable à la population musulmane honnête. « L'esprit de nos jeunes gens est troublé. Les excitations à la haine agitent plus que de raison tout ce qui est chez nous susceptible de recevoir une impression fâcheuse, et les nouvelles les plus étranges, les plus attentatoires à la paix publique, sont, par une simple traduction d'Alger, colportées dans le monde musulman. Cet état d'agitation constitue une maladie morale qui finirait par avoir dans nos milieux indigènes les plus fâcheuses conséquences. » Cette lettre se termine ainsi : « La France nous doit la paix.Elle est assez forte pour nous la procurer. Qu'elle« Je veuille bien. » (Applaudissementssur divers ba11cs) (1). Ces indigenes ont parfaitement raison : la France leur doit au moins la paix et la justice, ils entendent être libres d'aller et de venir, d'acheter et de vendre sans risquer dénonciations et emprisonnement. (1) Chambre des d..:putés : Sêanœ du 25 mai 1899.
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