LA RE\'UE SOCIALISTE LE RÊVE DE PIERRE DAVANT ' • LE CHIFFO:-.::-.:JER DE L IDEAL - Votre socialisme à compartiments, où chacun dena s'en caquer par autorité supérieure, et dont nul ne <lcna bouger sous peine d'être mis hors la loi, tenez, Frizct, si vous le realisicz là, tout de suite, je m'enfuirais au bout du monde. Frizet, ainsi interpellé, leva doctement l'index, se recueillit un instant la bouche ouYerte, puis articula, de sa ,•oix douce et menue : - Cc bon Lagaline, comme il s'emballe! ... Comprenez donc, mon cher : Chacun se trom·era si heureux dans son corn parti ment, que nul ne pourra même songer à le quitter. Tenez, un exemple : >:otrc hôte et ami, Pierre Davant, ici présent, est à l'aise dans sa petite maison entourée d'un vaste jardin; il a réuni dans son domaine toutes ks corn~ moditcs de l'existence, et il ne songe nullement ù le quitter. Pourquoi? Parce qu'il y est heureux, tout simplement. Pierre Davant eut un bàillemcnt que son geste fatigué ne put dissimuler à temps. - Lui! s'écria Lagalinc. Il s'ennuie comme un boutiquier retiré des affaires. Le geste de Pierre se transforma en une vague protestation. Comprenant qu'il devait une excuse plus précise à ses amis, le b:\illeur dit d'une voix dolente : - Non. C'est mon estomac qui m'ennuie. Ces bâillement-s sont nerveux. Je ne.dcnais jamais discuter au sortir de table. - Vous ne devriez même jamais discuter, fit une voix dcrriérc lui. J'ajoute cela au régime que je vous ai prescrit. - Docteur! geignit Pierre en tendant la main au nouveau venu, si vous continuez, vous ne me laisserez rien de ce qui constitue l'existence. - Pardon. Je vous laisserai la vie, dit le docteur en se versant un grand verre de bière fraîche. Il ajouta, en s'asseyant sur le banc rustique : - Vous êtes un bon client. Je tiens à vous garder, et vous ne me rendez pas la tâche facile. Pierre Davant avait bien une mine à tenir en éveil la sollicitude
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