432 LA REVUE SOCIALISTE lui donnent. Il est ainsi nourri, blanchi, entretenu par ses fermiers, n'est-cc pas? - Mais non! dit le notaire avec un sourire victorieux. M. Dcsloacs est un consommateur: un grand consommateur. Il achète du r, ~ pain, de la viande, du vin, des chc\'aux, des habits, que sais-je? tous les produits de la terre, tous les produits de l'industrie et des aris ! - Ta, ta, ta! fit Constant violemment. Il achctc ... parbleu, oui, il achctc ! Il achète, encore une fois, aYCCl'argent que nous lui donnons. C'est nous qui payons et c'est lui qui posscdc. Il achcte KOTRE blé, \"OS animaux, \"OTRE beurre, NOS œufs frais et le vin de NOS Yignes, mais avec l'argent que nous versons bénévolement dans ses mains. Savez-Yous que nous ne gardons rien, nous? Nous YCndons tout, tout cc que nous pouvons, pour payer m'sieu not' maître! Nous lui donnons de l'argent, je le rcpete, pour qu'il nous achète nos produits. C'est-à-dire que nous les lui fournissons pour rien! Ah! ah! ah! sommes-nous adroits, hein? nous entendons-nous en affaires? Car il nous arrive d'y aller de notre poche, à cc jeu-là. Ainsi, moi, me voilà ruine pour avoir entretenu Yotre M. Deslogcs. Ah! il est propriétaire! ah! il a un capital! Eh bien, si personne ne produisait plus que lui, si tout le monde ctait capitaliste de cette façon, il crèverait de faim auprcs èc ses sacs d'écus, YOtrc l\I. Dcslogcs. Et s'il vit, c'est à nos dèpcns ! Il nous vole, nous autres! Oui, parfaitement, votre M. Deslogcs ..... - l\!onsieur ! fit le notaire, je ne vous permettrai pas ... - Oui, oui! rugit Constant, je vous le dis en face : l\I. Desloges et ses pareils, ce sont des Yoleurs ! - Sortez! dit le notaire. \' I - Je crois bien que c'est pas grand chose, dit Constant à sa femme. Mais enfin, demain matin, j'ir:1i chez le médecin. - Oui, rcpondit Suzanne, ça vaudra mieux. Et se tournant vers son fils, elle ajouta : -· M'est avis que t'as pas tant craché, aujourd'hui? - P't'êtrc bien, dit le jeune garçon, mais ça me brûle dans la poitrine. - Va te coucher! dit la mère. Va! Restée seule a\'CC son mari, elle se montra subitement trcs inquiète et pleurante. Le garçon n'avait pas bonne mine, c'était sûr. fi a\"ait maigri, depuis quelques semaines. Un rien le fatiguait. .. - Bah! dit Constaht, c'est l'âge! Il va sur ses quinze ans et il n'est pas encore habitué à la besogne, depuis pas plus de deux ans
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