La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

LE FERMIER 43! ~ Je ne suis pas plus fou que vous n'êtes sinccre, répondit Constant avec calme. Vous savez, aussi bien que moi, que j'ai amcliorc la propriété de M. Deslogcs. Yous n'oseriez soutenir que la ferme où je suis n'a pas plus de valeur que le jour où je l'ai prise. Vous n'oseriez soutenir que mon traYail de tant d'annces a été inutile et sans influence sur l'état gcnéral de l'lè!xploitation; que les amendements, les défrichements, la fumure copieuse, les labours rcpctés que j'ai fait exécuter n'ont pas amélioré le sol et par suite accru la fortune de M. Dcsloges. Il ne sera pas embarrasse pour affermer cette propriété a mon successeur cinq ou six cents francs de plus qu'à moi. - Sans doute! sans doute! mais Yous avez cté le premier à profiter de ces traYaux et de cette plus-Yalue? - Comme vous voyez : je suis ruiné! Et Constant reprit, d'une Yoix Yibrante : - Ecoutez-moi! Iv!. Desloges posscde un capital : sa ferme. Sans le fermier, ce capital serait improductif, c'est bien clair. Si je ne puis me· passer de M. Desloges, celui-ci peut encore moins se passer de . moi. .... - Mais .... - Mais écoutez-moi! Je vous répète que M. Desloges et moi sommes deux associés, Y0us entendez bien? deux associés! réunis pour l'exploitation d'un capital. ... - Oui : le sien l . - Pardon! le notre! Il n'apporte qu'une partie du capital d'exploitation : le sol et les bâtiments. J'apporte des instruments de culture, du bétail, un personnel de domestiques, mon expérience, mon travail. L'appoint de M. Desloges n'a aucune valeur sans le mien. Pourquoi ne traitons-nous pas d'égal à égal? li m'impose ses conditions et je ne suis pas appelé à dire les miennes! Il prend hypothèque sur mes biens, me coupant ainsi tout crédit, et il ne participe pas à mes pertes, quand j'en fais. Il daigne percevoir le plus clair des bénéfices, et il faut encore que je lui tire mon chapeau, quand c'est lui qui devrait me faire des politesses! Allons donc! Le notaire, stupéfait, ne trouvait pas un mot à répondre. - Ah! poursuivit Constant, comme c'est drole ! Nous sommes deux associés, et il se trouve que l'un perçoit régulièrement, sans risques, sans travail, la plus gi·osse part des bénéfices, s:tns jamais, je le répète, participer aux pertes, 'tandis que l'autre sue, trime, s'épuise et se ruine! C'est juste, ça? vous osez dire que c'est juste? Vous trouvez tout·naturel qu'on me chasse parce que je ·suis en retard de quelques fermages, après que j'ai passé toute ma vie à donner plus de valeur à la part de mon associé? Pas bête, l'associé! Non, il n'est pas si bête que moi! Il dépense ':'ingt mille francs par an, juste ce que ses fermiers

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