La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE car ils me Yiennent d'un domestique que vous avez congédié, ne \'alcnt pas plus de six ou sept mille francs. Cela fait une différence. \'ous pouvez aussi aYoir contracté d'autres emprunts que j'ignore. Enfin, Yous parlez de vos biens personnels et vous les estimez quinze mille francs. Vous ne semblez pas vous douter de la baisse du prix de la terre. Vos biens ne valent pas huit mille francs, mon bon ami ... - C'est étrange! interrompit Constant. Si je vends ma terre, ma terre ne vaut pas le sou. Si j'afferme la terre de M. Desloges, cette terre ne perd rien de sa valeur, au contraire! - Je n'at pas, dit le notaire, à entrer dans ces considcrations. \'otre ferme vous a été louée quatre mille francs sans les impôts : c'était à vous à ne pas accepter si Yous la trouYiez trop chére. Mais je yous remets votre véritable situation sous les yeux. Vous devez douze mille francs, plus quatre mille francs pour l'année en cours, à M. Desloges, soit seize mille francs en tout. De plus, vous devez trois mille francs à 1:111 créancier antérieur : seize et trois, cela fait dix-neuf mille francs. Et qu'avez-vous pour payer? Votre cheptel : sept mille. Vos biens : huit mille. Votre récolte: trois mille. Vous resterez, en réali- • san t, en déficit de mille francs. Mais si \'0us attendez, ce déficit augmentera. Je vous engage donc à liquider tout de suite, et à sortir d'une ferme dont vous n'avez pas su tirer parti. Ou, alors, trouvez le moyen de payer votre propriétaire. Mais pour ma part,jevous préviens que je l'engagerai a vous refuser tout crédit. Et cela dans votre intérêt! Constant haîssait la tête. Il reconnaissait la justesse des calculs du notaire. Une vente forcée ne rapporterait, en effet, pas beaucoup plus que le chiffre fixé par maître Blafard. Ce chiffre. même ne serait pas atteint pour peu que la récolte manquât ou que la vente devînt mau- \'aise. Constant demeura un instant anéanti. Puis, dans un effort de volonté, il dit : - C'est bien. N'en parlons plus. Mais c'est malheureux tout de même! Le notaire eut un geste de compassion hypocrite. - Ce qui est malheureux, reprit Constant, c'est que je suis ruiné précisément pour avoir accru la fortune de M. Desloges ! Le notaire ouvrit des yeux d'ahuri : - Hein? - Parfaitement, monsieur. J'ai emprunté trois mille francs qui ont été dépensés partie pour achever le paiement d'un fermage, partie pour améliorer ma culture. Je dois douze mille francs a M. Desloges, sans doute. Mais lui, pensez-vous qu'il ne me doive rien? - Mais vous êtes fou! dit le notaire.

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