La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE Constant était parti, étonné des aptitudes multiples de ces messieurs de la Yille. Il aurait bien jure qu'ils demeuraient incapables de distinguer, dans la plaine, l'aYoine du froment. Et voici qu'ils lui enseicrnaient la bonne culture. ::, Le professeur départemental était Yenu; il avait fait des analyses et Constant avait payé une forte commande d'engrais chimiques. Certes, il ne pouvait dire que dans ses champs, cependant saturés de fumier de ferme, les engrais minéraux étaient demeures sans effet. Il avait bien constaté une pousse plus vigoureuse des légumes, une sorte de coup de fouet donné aux ccréalcs. Mais cela n'avait en aucune façon influé sur le rendement, qui restait absolument celui des années moyennes. Dans les sols dépourvus totalement de fumure depuis de longues années, comme cela se voit en bien des pays ou l'élevage du bétail n'est pas possible, nul doute que les engrais chimiques ne fussent une excellente chose, quoique fort coùteuse. Mais pour Constant, cela ne pouvait être qu'un luxe inutile, une sorte de pléonasme. Il songeait mélancoliquement qu'avec l'argent dépensé en engrais chimiques, il aurait pu payer deux domestiques. Il en etait rcYcnu des leçons du professeur et des conseils du notaire. - Ces messieurs, songeait-il, auraient mieux fait de conseiller à M. Desloges de baisser mon prix de ferme. Comme ça, je pourrais vivre sans m'endetter, tandis que si ça dure ... Ça avait duré. Les récoltes obtenues par Constant, quoique toujours au-dessus de la moyenne, n'étaient plus rémunératrices comme autrefois. Il n'avait pu régler tous ses fermages; depuis dix ans bientôt, il luttait contre la mauvaise fortune, contre cette surproduction des ccréales et du bétail qui lui paraissait anormale. Peu à peu, la tenace confiance des premiers jours ctait tombée. ;--l'ombrede cultivateurs ':lue Constant croyait riches s'étaient ruinés. Et lui non plus ne pouvait envisager sa situation sans effroi. Et c'est alors que M. Dcslogcs commença à faire réclamer fréq ucmment par le notaire les échéances en retard. Constant demanda bien une diminution de son prix de ferme, mais le notaire ne voulut même pas présenter cette requête fondée à M. Deslogcs. De tous cotés, le malheureux se heurtait aux désastreux effets du capitalisme. Et pour finir, Yoici maintenant qu'on lui posait l'ultimatum redouté : payer ou sortir. Sortir de la ferme? mais pour aller où? Quoi faire, sans argent, sans crédit, sans savoir un autre métier, :\. l'âge où l'on ne recommence plus la vie? Il pressentait enfin la vérité. La crise agricole ne tenait pas à des contingences politiques ou commerciales, mais à ce que la société tout entiere reposait sur le vol et l'erreur. Pour que les choses fussent comme autrefois, clémentes au travailleur, il ne faudrait rien moins

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