La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

LE FER~IIER ou des champs de blé dont les pailles seraient hautes comme des chênes! Doubler mes récoltes? Non, Monsieur! pour ça, y a pas moyen! Le notaire se rengorgea : - Mais si, mon ami, il y a moyen! Si vous vous teniez au courant des progrés s6entifiques, Yous auriez entendu parler des récentes expériences de nos agronomes les plus distingués, qui se sont illustrés par une application rationnelle des engrais chimiques? Le paysan ne comprenait plus. Il n'avait pas entendu parler de cela. Il s'étonnait seulement du reproche qu'on lui faisait de n'être pas au courant. Il se souvenait fort bien d'avoir entendu le notaire et M. Dcsloges, un jour de visite à la ferme, critique!' violemment les cultivateurs qui lisent les journaux et envoient longtemps leurs enfants à l'école. -- C'est dangereux, disait M. Dcsloges. L'instruction ne donne pas de pain! Les journaux ne font pas pousser le blé! Les paysans iristruits deYiennent des dédassés, pas autre chose, et il y en a bien assez comme ça! Le notaire avait renchéri : - Sans doute. Il faut que chacun se tienne i sa place. Constant avait écouté, approbatif. L'idée d'une émancipation complète de sa classe ne lui était jamais venue. Il se rendait compte que la teinte légère d'instruction reçue dans les écoles primaires ne pouvait guère permettre aux ruraux d'échapper au servage glébéien. Ces souvenirs lui revenant, il dit au notaire : - Dame, Yous savez, Monsieur, nous ne lisons pas grand'chose, nous autres. Je n'avais jamais entendu parler de ces engrais chimiques. Je ne demande pas mieux que d'apprendre. • Le tabellion, pontifiant, répondit : - Il y a, près de Paris, plusieurs champs d'expériences. Dans l'un, M. Georges Ville sème tous les ans du froment. Il fume aux engrais chimiques; tous les ans il obtient un ·rendement d'au moins sept hectolitres par quinze ares ou par boisselée, comme vous dites, ·vous autres paysans. - Fichtre! fit Constant, ne pouvant cacher son incrédulité. - Il ne faut pas dire : fichtre! répondit vivement le notaire. C'est prouvé : vous n'avez qu'à voir les journaux agricoles! - J'aimerais mieux voir le champ! répliqua doucement Constant. Le notaire s'anima, sensible à l'ironie. - Mais, cria-t-il, vous n'avez qu'a essayer Yous-même? Si vous voulez, je vous mettrai en rapport avec le professeur d'agriculture. Il vous fera, sur ma recommandation, l'analyse de vos terres et vous indiquera les engrais _i employer. Ce sera concluant!

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