422 LA REVUE SOCIALISTE plus les mots, in\·oquait sa Yic passcc, son e;,;actitude aux échéances, les difficultés du temps et son tenace espoir <les jours meilleurs. - Ça me f:îche beaucoup, allez! de ne pas arriver à l'échéance! Mais je peux pourtant pas aYancer la Ycntc de mes mules. Faut m'attendre deux mois? Et Constant, le cœur plein d'angoisse, répéta : - Faut m'attendre deux mois! Ça n'est pas bien long! Le notaire eut l'air de rcfléchir profondcmcnt. A la fin, il se décida à parler, avec une moue graye de ses lèncs minces, laissant tomber les mots d'un ton protecteur. - Eh bien, mon ami, j'en parlerai à 1\1. Dcsloges. Je ferai mon possible pour qu'il vous accorde le délai demandé. Mais Yous sayez? ne recommencez plus! ne recommencez plus! Vous deycz connaitre les conditions de \'Otrc bail? - Oui, Monsieur! rcpondit Constant, sans une pcnscc de rcvolte contre l'insolence du tabellion. - Et puis, reprit celui-ci, Yous êtes tous les mêmes! \'ous savez Yous plaindre, vous ne savez pas agir. Si vous perdez de l'argent, c'est pourtant votre faute. Interloqué, Constant regarda le scribe qui ajouta: - \Tous êtes des routiniers! vous ne savez pas YOir cc qm se passe autour de vous. - Routiniers! routiniers! répéta Constant qui suffoquait! I\fais, Monsieur, je ..... L'autre lui coupa la parole : - Mon ami, vous vous vous plaignez du Yil prix du blé! Autrefois, vous Ycndicz le froment jusqu'à trente francs l'hectolitre, n'est-cc pas? Eh bien, si cette année, il ne vaut pas plus de quinze francs, mais que vous fassiez une rccoltc double, il est évident que vous ne perdrez pas, hein? Constant sourit. Il savait lui combien il était difficile, malgré les soins incessants, d'augmenter même en des proportions négligeables, le rendement des récoltes contrariées par les mille Yariations de la tcmpcraturc. Il répondit donc bravement: - Une récolte double! Mais, Monsieur, je ne demanderais pas mieux, bic• sùr ! Seulement, ça n'est pas possible! Ainsi, moi, je fume comme personne ne fume, et j'ai les meilleures terres du canton, c'est sùr. Eh bien, je ne récolte pas le double de mes Yoisins, il s'en faut! J'en connais, pourtant, de ceux-là, qui ne se donnent pas beaucoup de mal et qui n'ont pas des champs de premicre qualité! Mais si j'ai de meilleures rccoltcs qu'eux, non, ça n'est pas dans ces proportions-là! Yoycz.yous, Monsieur, on a beau prendre de la peine, on n'arriYe pas à avoir des pommos de terre grosses corn me la cloche de la paroisse,
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