LE FER~IIER 421 à l'amendement du sol de la métairie - un sol qui ne lui appartenait pas! remarquaient les parvenus du labour, fiers désormais d'être propriétaires grâce à d'heureux hasards ayant aidé la ladrerie sans retenue d'une lignée d'ancêtres. ·Constant n'ambitionnait point la réalisation pénible d'économies dérisoires. Son but ~tait d'obtenir les meilleures récoltes, d'éleYer le meilleur bétail. C'était, disait-il, le plus sùr moyen de gagner de l'argent. Cette méthode lui permettait aussi d'employer un personnel nombreux et de le payer assez grassement. Elle lui Yalait une popularité dont il était fier. Ainsi, travailler sans rcl:î.che; apn:s aYoir fait bien, tenter de faire mieux : de sa vie il n'avait suiYi d'autre ligne de conduite. Et pendant un long temps, il put croire aux thfories de la morale bourgeoise, inculquant avec le respect des riches la foi en cette prétendue justice immanen.te avec quoi on fait prendre patience aux naïfs qui ont faim. Obéissance aux lois, économie, ténacité de labeur : n'est-ce pas le programme en quelque sorte officiel de tous ceux qui veulent arriYer à la fortune par les moyens permis? 1 e sait-on pas que la Yertu est toujours récornpenst'.·e et le vice toujours puni? Constant avait été un citoyen exemplaire, un économe et laborieux cultivateur. li a,·ait marché dans la Yie a\'ec la docilité d'un homme soumis aux préjugés de la morale; il avait pris, sous l'Empire, la prospérité générale pour une sorte de satisfecit accordé par un Dieu maitre d'école à la bonne conduite des Français. Aussi, lorsque Yers 1880 se précisa la débticle, ne fut-il pas effrayé : - Ce n'est qu'une ventée, dit-il. Ça passera! Et confiant en l'avenir, il utilisa ses économies pour parfaire le prix de ferme, quand vint l'échéance. li était bien sûr de rattraper très vite cette somme, d'ailleurs peu importante, et qui était, aprcs tout, destince aux dépenses générales de la ferme. Mais l'an,1ée suivante, les produits ayant encore baissé de valeur, Constant se trouva dans l'impossibilité de payer intégralement ses fermages. Vendre son bétail . avant l'heure, il ne pouvait s'y résoudre : c'eùt étc vendre à perte. Emprunter, cela lui pesait. - Y a pas moyen que ça dure, répetait-il. C'est les vignes qui caÛsent ça, mais maintenant qu'on les replante, ça \'a marcher! Et il alla trouYer maitre Blafard, le notaire chargé de percevoir les fermaaes au nom de M. Dcsloaes. Il lui demanda un délai, un court b b delai de paiement. Le notaire qui, jadis, accueillait Constant avec une cordialité feinte, parut cette fois morne et renfrogné. RenYersé dans son fauteuil, sa bedaiee cachant presque ses courtes jambes, il dardait ses yeux froids sur le paysan qui, humilié à en pleurer, ne trouvant
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