La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

I.E FER~lfER se faire son courtisan. Comme il n'avait ni instruction, ni éducation, ni goùt naturel, il n'avait rien compris à l'activité parisienne et le fracas des rues l'a,·ait indisposé. i'vlêmc, il s'était trouvé, malgré ses rentes, en butte à certaines railleries. On ne s't'.tait pas gêné pour lui dire qu'à Paris, il y ii un art d'être riche qui serait toujours au-dessus de sa portée. Et il s'était empressé de revenir aux cafés-chantants de sous-prefecture. Il avait quarante ans, quand ses parents moururent. Leur mort ne changea rien à sa Yie. li resta célibataire; il continua de chasser, de fumer, de jouer, d'assister aux courses <le l'Ouest et d'entretenir de petites pimbêches qui avaient la voix fausse et l'iYressc gaie. Il fut un beau jour nommé conseiller municipal. Le Ycntrc lui venant, il ne fit pas trop mauvaise figure. Il prit goùt, <l'ailleurs, à la « chose publique». Pourvu d'une certaine finesse de maquignon, actif quand il le Youlait, il ne tarda pas à se faire une certaine situation. li patlait d'une voix sonore; il aimait l'emphase, et on l'écoutait. li a,·ait sur toutes choses des opinions toutes faites - celles de son journal, dont il savait par cœnr tous les clichés. On parlait de lui comme d'un député possible. C'est à ce viveur de dix-huitiémc ordre, à cet égoïste de province, :\ ce monument de Yanité et de préjugés que Constant avait affaire. Le fermier s'avança, timide, prodiguant les salutations gauches aux deux citadins qui répondirent d'un air protecteur. Un silence s'en suivit, pendant lequel M. Deslogcs alluma une cigarette et regarda autour de lui, comme un commissaire-priseur expertisant les objets avant la vente. Maitre Blafard, le notaire, petit homme rondouillard aux lènes minces, au nez circonspect et dont les yeux vicieux se cachaient derrière des lunettes, prit enfin la parole. - Mon cher Constant, dit-il d'une voix pateline, je vous serais obligé de m'apporter d'ici quelques jours un état de votre cheptel. Constant, surpris d'une pareille demande, ne rcpondit pas, mais ses yeux exprimcrent une telle stupéfaction que M. Desloges précisa : - Oui : maitre Blafard a besoin de se rendre compte de l'état de vos affaires. Vous avez trois fermages en retard, et nous craignons, si vous ne me désintéressez pas cet hiver, de ne pouvoir vous accorder un nouveau délai, après le 1 5 mars. - Ah! m'sieur notre maître, c'est pas ma faute, si ... - C'est entendu! ce n'est pas votre faute. Mais si vous ne voulez pas .sortir de la ferme, il faut pourtant me payer, mon ami. Je ne peux pas indéfiniment vau:; entretenir sur mon bien. Je suis en ce moment très gêné (M. Desloges, en disant cela, mentait effrontément.) et j'ai, comme vous - et plus que vous, de serieux besoins d'argent.

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