LA REVUE SOCIALISTE ombres,disait l'ete finissant,le sang bouleversé par le désir, les yeux des femmes, les ràlcs des tourterelles, les menthes fleuries du bord de l'eau et les coups d'impudeur qui font si gentiment rosir les eglar-itines cphemèrcs. A cet hymne du dcsir, les ombres légéres violoncellaient un accompagnement où les branches et le ruisseau mettaient leurs bernois, leurs cadences et leurs trilles. Et cc fut comme un rouge décor d'apotheose à la gloire de !'Energie et des Forces : les forces obscures de la nature et l'cnergie des paysans, des inlassables producteurs de la richesse, gardiens fidèles de la poesie et de l'amour chaste. Le crepuscule exalta la Vie, la sérenité des plantes et des âmes incomplexes; il se fit merveilleusement ample et apaisant : à le contempler, les ouvriers, musant un court instant, connurent une émotion forte, l'orgueil de leurs mains calleuses et de leur visage hâlé. Sur le grand pailler, haut déjà de cinq mètres, Constant, insensible au charme mélancolique de l'heure, finissait hâtivement d'épandre les fourchées de paille. Désirant, avant le souper, faire battre encore une provision de gerbes, il cria, remarquant l'inaccoutumée paresse de son personnel : - Allons, enfants! encore un coup de collier! Les ouvriers se remirent au travail avec une ardeur nouvelle. Fébriles, les râteaux manœuvrérent; les grandes pelles, semblables à des avirons énormes, pousserent au tas commencé depuis plusieurs jours le grain fraichement battu, et les fourches, emmanchées à des bras robustes, culbutèrent sur le sol les jaYelles du gerbier. Liset Garraud, le premier domestique, et chargé en cette qualité de faire passer le blé dans la batteuse, humecta d'huile les roues, les pignons et les coussinets. Le petit pàtre reprit au pied de la tablette son poste de délieur de gerbes; les hommes de journée, appuyés sur leur fourche, cambrant la taille, respirant à pleine poitrine un air plus frais et moins chargé de poussière, attendirent que la batteuse leur crachât infatigablement la paille qu'ils devaient secouer jusqu'a l'extrcmité de l'aire. Le beau-père de Constant, le vieux Rondeau, assis sur un tabouret boiteux auprès du poteau, menaça les bêtes qui d'abord, marchcrent indolemment dans l'enceinte du mancge, ne donnant qu'une vitesse , médiocre. Puis, le sang de nouveau excité, grisées par la clameur sonore de la machine, elles allèrent plus vite, toutes quatre tirant d'un même effort, Yaillantes et dociles, sans qu'il füt besoin de les fouetter. On eùt dit qu'elles comprenaient ce qu'elles avaient a faire, que le travail ne leur coûtait pas, qu'elles étaient conscientes des lois inéluctables, imposant le labeur a toute créature. Ecrasant le pavé ::Jus leurs pieds puissants, les juments tendaient leurs traits a les rompre, donnant a plein collier, avec une conviction <lebonnes bêtes dévouces et robustes. Les oreilles droites, leurs yeux
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==