L'EXTRÈM E-ORlENT 411 aux grandes puissances d'Europe. Le premier de leurs objectifs est la mainmise sur le Petchili et les provinces aYoisinantes. Mais en même temps que cette conception très nette des nécessités de l'évolution économique, un immense orgueil de race, un nationalisme plus brutal, plus insolent que tous les autres, s'est implante auNippon. Les Japonais saluent en leur pays le futur maitre, non pas seulement de l'Asie, mais du Pacifique tout entier. Au lendemain de leurs victoires de 1895, ils classaient les Philippines, l'Indo-Chine, les Indes Hollandaises, Hawaï même peut-être, parmi leurs justes possessions. Nous ne voulons ici ni approuver, ni réprouver ce sentiment qui se retrouve;\ doses plus ou moins égales chez tous les peuples militaires et même chez ceux qui ne le sont point: nous nous contentons de constater. Cc mot du comte Okuma, ministre des affaires étrangères du Mikado, a fait le tour du monde : « L'Europe est en décrépitude et nous recueillerons sa succession. » La formule est bien frappée et mérite de rester. Donc la Chine est l'objet des conYcitises de six nations qui ne sauraient sans dechoir s'incliner les unes deYant les autres, et qni vraisemblablement ne s'accorderont point. Le grand Empire est attaqué par la Russie au Nord, par l'Angleterre sur le Petchili et le Yang-Tsl'.·, par l'Allemagne dans le Chan Toung, par la France au Sud, cependant que les Etats-Unis cherchent un point de débarquement et que le Japon, en asseyant son protectorat moral sur le cabinet de Pékin, voudrait d'un seul coup enleYer tout l'enjeu. Les entreprises de chemins de fer sont disputées a\'ec une âpreté jalouse par les chancelleries qui connàissent la valeur de ces crcations économiques, et qui luttent pour une concession, comme elles combattaient jadis pour l'ouverture d'un port. Si l'on s'en référait exclusivement aux statistiques des échanges, l'Angleterre disposerait encore d'une influence de tout premier ord1e et le Japon ne viendrait qu'au second plan, mais les considérations militaires ne sauraient être éliminées sans résen·e, et à tout le moins l'Allemagne et la Russie peuvent balancer auprès du Tsong-li-Yamen le prestige du Foreign Office. Lorsque six grandes puissances s'agitent ainsi pour trancher, chacune à son profit, des problèmes politico-économiques, il est naturel que des classements s'opèrent, que des alliances se nouent parmi elles. En 1895, l'Amérique restant neutre, la France, l'Allemagne, la Russie s'étaient opposées aux prétentions du 1ippon triomphant. Ses conquêtes avaient été rognées comme celles de l'Empire Moscovite, au Congrès de Berlin, dix-sept ans plus tôt. L'Angleterre, en refusant de se joindre au concert européen, avait marqué son amitié au gouvernement du Mikado. Une combinaison anglo-japonaise en ExtrêmeOrient parut probable, tandis qu'une hostilité grandissante se dessinait entre Tokio et Pétersbourg.
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