...J. I 2 LA REVUE SOCIALISTE Mais depuis, la situation s'est transformée : si le Czar a obtenu Port-Arthur sur le Petchili, l'impératrice des Indes a acquis vVeï-Haï- \,\Teï, et le golfe, de position géographique aussi intéressante que le Bosphore ou les Dardanelles, a été soudain ravi aux espérances duJapon. Il ne convient donc pas de prendre au sérieux les nouvellistes qui à l'imitation de cet amiral anglais, Beresford, lancent une entente anglo-américano-russo-japonaise. Si nous laissons même de côté les difficultés inhérentes à un rapprochement intime et durable entre le Royaume-Uni et la Russie, comment croire à un pacte entre le Japon et l'Union Américaine qui vient de lui dérober, avec les Philippines, la maitrise du Pacifique? Comment s'imaginer surtout que les sympathies puissent être sincéres, profondes entre le cabinet de Londres et le cabinet de Tokio qui se disputent, 3Yec une âpreté particulière, le marché chinois et dont les ressortissants se classent les uns et les autres en tête des tableaux douaniers du C,éleste Empire? En Yérité, il n'est permis que de signaler en Extrême-Orient, l'encheYêtrement de la situation diplomatique, qui tient à l'entrelacement même des interêts economiques. Et c'est une grosse différence entre le problème sino-japonais et le probléme ottomano-balkan ique que les positions des puissances soient déterminées pour ainsi dire logiquement en celui-ci, et qu'en celui-là clics restent si confuses, si \'acillantes, si contingentes. * * * Il a été beaucoup ecrit sur le peril jaune depuis quelques années; un certain nombre de publicistes nous ont laissé entendre que l'Europe ne tarderait pas à être conquise par les hommes aux petits yeux et qu'à tout le moins son industrie serait submergée sous la surproduction chinoise et japonaise. Ne nous contentons pas d'affirmations, même étayées sur les chiffres que nous ayons cités, et allons au· cœur de la question. Seul son côté économique présente aujourd'hui un vif intérêt. Les éléments du danger qui nous menace, et que tant de gens appréhendent sont : 1° la densité même de la population de l'Empire du Milieu et de l'Empire du Soleil LeYant; 2° l'exiguïté des salaires dont elle se contente, et qu'autorisent ses conditions de vie. L'entrée en lice, aujourd'hui probable, des 400 millions de Chinois constituera à coup sûr une révolution d'une incommensurable puissance et dont la transformation rapide du Japon, aprcs 1868, ne nous donne même qu'une faible idée. Il est certain qu'à l'origine, dans les premiéres années de leur réveil, ces masses compromettront trés gravement la prospérité des vieilles nations en possession des mar-
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