LA CRISE DE CROISSA~CE DC SOCIAL!S)IE FRA~ÇAIS 395 pements ouniers les plus inoffensifs. Il eùt fait beau, vraiment, nous parler de coopératiYes, à nous qui attendions avec impatience le moment de sauter à la gorge de la bourgeoisie, à nous qui viYions dans l'attente de la révolution libératrice qui vengerait nos morts et changerait b face du monde en ,un tour de main. D'autre part, inquiets de l'agitation que nous commencions à semer dans les centres ouvriers, les chefs de la bourgeoisie républicaine et conserYatrice faisaient tous les efforts imaginables pour soustraire à notre propagande les masses en rumeur de rheil. Aussi furent-elle fortement encouragées par eux à constituer des coopératiYes de consommation et des sociétés de secours mutuels, car ils Yôyaient dans cet aliment donné à l'activité ouvriére un précieux dériYatif. Comme bien on pense, cela n'améliorait pas nos sentiments à l'égard des coopérateurs, ces épiciers, comme nous les appelions avec mépris. Et comme à cette époque notre critique sociale visait surtout à être de la polémique, un grand nombre d'entre nous conserYérent très longtemps ·cette attitude vis-à-Yis des coopératiYes et de leurs adherents. Il n'en est plus de même aujourd'hui, heureusement. Il en est beaucoup, parmi nous, qui croient que la revolution sociale sera un acte de force entrepris par le prolétariat contre la bourgeoisie. Eh bien, même ceux-là sont persuades qu'un soldat bien nourri se bat mieux qu'un soldat affamé, et surtout que la réYoiution ne sera pas une réYolte d'affamés mais un mouvement organisé par des citoyens conscients, amenés au désir de leur émancipation totale par une série d'amélio1:ations partielles de leur sort. Aussi pournns-nous, à présent; affirmer que la création d'une ou même de plusieurs coopératives socialistes, dont les bénéfices seront aflectés à la propagande, n'est plus qu'une question de semaines. Déjà les groupements socialistes du Nord, directement impressionnés par l'exemple de la Belgique, sont entrés dans cette voie, et je suis en mesure d'annoncer que Paris ne tardera pas de les imiter. • Les critiques que le parti socialiste ré,·olutionnaire renaissant adressait à la coopératiYe de consommation, à plus forte raison les adressait-il à la coopératiYe de production. En outre des motifs que je viens de dire, nous étions pénétrés de cette idée que le mouYement de concentration capitaliste deYait s'opérer avec une telle régularité et une telle rapidité, que c'eût été folie de tenter l'organisation d'un groupe de production. Encore un absolu dont nous deYions revenir. Encore un argument de polémique qu'il nous fallut écarter, tout au moins soumettre à un examen plus approfondi. Il va de soi que, en lui prêchant la coopération de production, nous serions injurieusement ironiques envers la classe ouvrière occupce dans la grande industrie, où la création et _l'entretien du matériel de production nécessiterait •
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