• 394 LA RE\'UE SOCIALISTE tâche émancipatrice. C'est là une erreur contre laquelle je ne saurais trop prémunir nos amis des groupes politiques et des groupes syndicaux. Je n'ai pas besoin d'indiquer ici quelles attributions reviennent aux groupes politiques et quelles attributions reYiennent aux groupes syndicaux. C'est cependant pour aYoir méconnu ces attributions très précises, indiquée par la nature même des organisations respectives, c'est parce que les politiques n'ont pas cru à la nécessité des syndicats, c'est parce que les syndicats n'ont pas cru à la nécessité des groupes politiques, que ce malentendu a pu naître et se développer. Il cessera le jour où les socialistes seront persuadés qu'ils ont le devoir de ne laisser nulle force sans emploi et qu'une division du travail s'impose dans l'œuvre d'émancipation sociale comme dans toute œuvre collectiYe. Pourtant, il est un terrain sur lequel je verrais aYec plaisir rivaliser les groupes politiques et les groupes syndicaux, afin que nulle parcelle de ce terrain ne demeure inculte et que d'abondantes moissons y poussent et y fructifient pour le plus grand profit de la cause-socialiste et de la classe ouvrière, dont les destins sont inséparables. Je Yeux parler d'abord de la coopératiYe de consommation. Les socialistes français commencent seulement à revenir de leurs prhentions contre ce procédé d'amélioration des petits budgets ouvriers, alors que depuis des années nos amis de Belgique tirent de leurs coopérations socialistes de très sérieuses ressources pour les grèves et pour la propagande. Ce dédain trop prolongé des socialistes français pour les coopératives de consommation, en admettant qu'il y ait eu sérieusement lieu de le professer, n'est pas de d.,ite très ancienne. Jusqu'à la catastrophe de 1871 un grand nombre de nos aînés, principalement parmi l'élément ouvrier de l'Iulernalio11ale, virent dans les coopératives de consommation, en même temps qu'un moyen d'organisation et de propagande, un palliatif aux souffrances ouvrières, qu'il ne leur était pas permis de dédaigner. Sans se détourner pour cela de la lutte politique et syndicale, sans pour cela perdre de vue l'objet principal et la rai~on d'être majeure du socialisme communiste, les "\'arlin et les Malon organisaient et administraient des coopératives qui étaient autant de centres d'action socialiste. Quand, vers 1878, le parti socialiste, décimé par les massacres de mai et dispersé par l'exil et la déportation, reforma ses rangs, un autre esprit dominait, de par la fatalité de ces terribles hénements. Pour beaucoup d'entre nous, je m'en souviens fort bien, le rêve d'émancipation sociale se confondait avec le désir ardent de venger les victimes de l'actroce hécatombe. Nous ne pouYions concevoir la révolution sociale que sous la forme d'une revanche de la Commune; et cda se comprend fort bien, pour peu qu'on se rappelle les persécutions qui frappaient alors les grou-
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