La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

392 LA REVUE SOCIALISTE libres qni le composent, c'est à leur intelligence et à leur conscience, que ces questions se posent. Le domaine des études sociales, malheureusement trop restreint en France, est un domaine libre où s'élaborent les pensées qui se manifesteront un jour en action. Quelle que soit la discipline doctrinale et matérielle du parti socialiste, et pour ma part j'appelle de tous mes vœux la création d'une telle discipline, elle ne peut aYoir aucune prise sur la libre recherche des moyens les plus propres à préparer, complctcr et hâter la réalisation de notre idéal. ;\e craignons point les hérésies : C'est précisément en séparant le domaine de l'étude du domaine de l'action que nous éYitcrons les schismes politiques, bien plus dangereux que les divergences doctrinales de détail. >fous n'avons pas accepté la doctrine socialiste comme un credo immuable; sur l'impulsion de notre regretté maître et ami Benoît i\lalon, nous aYons, sans souci <les récriminations de ceux qui s'attachent à la lettre morte, tenté Je pénétrer l'esprit vivant et mouYant de l'é\'olution sociale; c'est gràcc à cet effort continu de quinze années de labeur que nous a\'ons la joie de constater aujourd'hui un accord si étroit entre la doctrine socialiste mieux connue et l'action de notre parti agrandie et fortifiée, de notre parti faisant face à la fois à tous ses ennemis et sur tous les terrains. Il y a donc toute une tâche de recherches théoriques, d'études sociologiques, d'enseignement populaire mutuel par les sciences et par les actes, domaine illimité qui échappe forcément à la direction officielle du parti. Cette tâche lui échappe d'autant plus à présent, hébs qu'elle est à peine ébauchée et que nous chercherions ninement en France un équivalent de l'Université libre de Bruxelles, ou des sociétés dramatiques de Berlin, ou de la Fabian Society de Londres. Mais ce n'est pas en vain qu'à la fa\'eur des derniers é\·énements un grand nombre de travailleurs de la pensée sont venus rejoindre dans le socialisme les travailleurs manuels. , 'accueillons pas seulement en eux les bons citoyens qui viennent travailler à la libération économique, réjouissons-nous aussi de l'appoint intellectuel qu'ils nous apportent et encourageons-les de notre mieux à partager avec leurs freres ouvriers le fruit de leurs études. C'est une erreur de croire que les militan~s socialistes entendent limiter leur activité intellt(luelle aux besognes de lutte et de propagande qui leur incombent actuellement. A mesure que leur nombre s'accroît, et il s'accroît heureusement tous les jours, une division du travail peut se produire qui utilise toutes les facultés, toutes les aptitudes, toutes les sensibilités même. Offrons à nos militants une variété d'occupations et même de distractions qui ne laisse aucun d'eux sous cette impression pénible qu'il ne donne pas à l'œuvre d'émancipation commune tout cc qu'il pourrait donner. Par des chaires d'enseignement social où

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