La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

LA CRISE DE CROISSA\"CE DU SOCIALISME FRA\"ÇAIS 39r litique scientifique, puisqu'ils n'ont tenu aucun fait pour méprisable du moment qu'il devenait un moyen de lutte aux mains des adversaires de l'émancipation sociale. Je l'affirme hautement, sans l'attitude energique du parti socialiste, alors que tous les partis défaillaient ou se faisaient complices, nous serions aujourd'hui en proie a la plus hideuse et la plus humiliante réaction césarienne et cléricale. Si une fraction importante de la bourgeoisie libérale s'est ressaisie, c'est d'une part grâce i l'affaire Dreyfus, par laquelle la profondeur de l'abîme a pu être mesurée, et d'autre part grâce i la résolution bien • arrêtée des socialistes de défendre la République aYec ou sans le concours des républicains. Et ce n'est pas aujourd'hui, j'imagine, qu'on peut nier l'existence et la grandeur du pcril, ni l'urgence qu'il y eut de le conjurer rapidement et aYec énergie. Et ces constatations suffisent a justifier le parti socialiste en proun1it qu'il a été a la hauteur des destinées qu'il se promet. Mais, encore une fois, la doctrine socialiste est trop vaste pour être contenue dans les limites d'un parti. Il y a en elle une portion d'idéal qu'un parti politique, contraint de prendre les faits corps a corps, ne pourrait exprimer qu'imparfaitement. L'action politique exige des formules précises, absolues, catégoriques, qui sont autant d'affirmations. Elle exige d'autre part la soumission a des disciplines sans lesquelles nulle action d'ehsemble n'est possible. Si grande que soit, en politique pratique, la liberté de délibération avant l'action, si compléte que nous Youlions cette liberté pour les membres les pius obscurs de notre parti, il vient un moment où toute délrbération cesse, oü la minorité accepte les décisions de la majorité et où s'engage _l'action commune pour laquelle il ne peut être question que d'unanimité. Il y a donc, a côté de l'organe d'action du parti, un organe de délibération. Prétendra-t-on que c'est le même organe, puisque ceux qui ont délibéré ensemble iront ensemble a l'action? Ce serait oublier que la doctrine inspire la tactique, et qu'a telle théorie donnée correspond nécessairement telle pratique. Or, pouYons-nous affirmer que la théorie socialiste est fixée immuablement ? Oseronsnous lui donner cet immobilisme dogmatique dont les religions se meui,tnt ? Ne venons-nous pas de voir un trop grand nombre de nos amis, Yictimes d'une interprétation trop littérale de la doctrine, se cantonner dans la neutralité au moment où nous aurions eu besoin de toutes nos forces pour faire face a l'ennemi ? Nous sera-t-il interdit de déposer un instant notre cuirasse et de l'éprouver en la soumettant aux coups de notre critique ? Denons-nous mépriser la critique de nos adversaires en ce qu'elle a de juste et contient pour nous de profitable ? Notre parti n'a ni pouYoir ni qualité pour répondre a ces questions en tant que parti organisé pour l'action. C'est aux individus

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