La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE c'est lui gui, en fin de compte, pâtirait de la régression. La mission historique de la classe bourgeoise consiste, en effet, à deYelopper les moyens de production, i multiplier les marchandises et les valeurs d'écha1wc à créer les éléments d'une ciYilisation nouvelle en dévclop- o , pant paralli'.:lemcnt au progrès économiguc, un prolétariat appelé à lui succcder. Le prolctariat est l'héritier <le la masse des richesses accumulccs et guoti<licnncment accrues par la bourgeoisie. Toute tentatiYe faite pour enrayer cette progression de la richesse capitaliste en perturbant les conditions politiques et juridiques du déYeloppement économique, doit être déjouée par le prolétariat. En d'autres termes, le retour à des formes politiques et sociales surannées ajourne l'heure de la socialisation, de la prise de possession du pou,·oir par le prolétariat, et aggrave ses conditions matcricllcs de Yie. La réaction féodale et militaire ne supprimerait pas seulement les libertcs acquises, indispensables au progrcs de la conscience prolétarienne; clic abêtirait encore les cerYcaux ounicrs et se liHerait à un gaspillage de capitaux qui diminuerait d'autant la part du prolétariat affamé. Le socialisme, re- .présentant des intcrêts prolétariens, n'a donc pas le droit de se croiser les bras, quand un retour offensif de la propriété foncière, appuyée sur le militarisme et l'l~glise, menace la bourgeoisie républicaine. Et en prêtant son appui à celle-ci, ne tirerait-il aucun avantage de son intervention, je dis que le parti socialiste n'en aurait pas moins agi conformcmcnt aux intcrêts <le la classe OU\'rièrc. Mais.il n'est pas Hai_quc le socialisme soit réduit à prêter son concours gratuit à la bourgeoisie; et c'est parce qu'il peut légitimement donner cc concours en cchange d'avantages matériels précis concédcs à la classe ou,Ticre, que ses reprcsentants aYisés aYaient le dcYoir, i la fois, de ne pas rester neutres et inactifs dans la bataille qui se li\'rc autour de la Rcpublique, et de prendre des garanties afin <l'assurer la rcalisation de ces avantages. Pour cela, la présence d'un socialiste au pou\'Oir était le meilleur garant de la bonne volonté qu'apportaient les gouvernants dans le pacte conclu entre les représentants de la bourgeoisie républicaine et du socialisme. Guesde a essaye de faire une distinction entre la porte ouYcrte de• l'extérieur et celle qu'on ou\'rc de l'intcricur; entre l'appui donné au cabinet \Valdcck-Rousseau par nos bulletins de vote et la collaboration loyale et énergique d'un des nàtrcs à l'œuvre de défense républicaine. Mais qui ne voit que cc sont-là subtilités vaincs et formalismes puérils? Le gouvernement est la résultante d'un ensemble de fonctions remplies par des délégués de la majorité politique du pays et les ministres ne sont que l'expression de cette majorité. Le siège du gouYernerncnt est autant Jans le Parlement que dans les ministères; et que l'accord entre bourgeoisie républicaine et nous se fasse en vue d'une

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