LA REVUE SOCIALISTE pour la défense de ses intérêts et, appuyée sur le clergé <l'une part, sur l'armée de l'autre, s'assurer le concours d'une catégorie économique dont l'action et l'influence, livrees a clic-même, sont peu importantes, mais pcm·ent beaucoup si elle est solidement organisée et bien dirigée: je veux parler de la moyenne propriété, qui entraîne dans son orbite une partie considérable des paysans, petits propriétaires et ouvriers ruraux. Dans un article sur les syndicats agricoles, j'ai montré, ayec chiffres et documents a l'appui l'admirable organisation qu'aprés 1884 la grande propriété aYait su créer <letoutes pièces. Tandis que la classe capitaliste est toute aux incidents de la concurrence économique, les propriétaires fonciers, eux, se sont syndiqués et ont enr~gimenté, dans leurs associations, les moyens propriétaires, dùmcnt endoctrinés et catéchisés scion l'éyangile agraire. Le but des grands propriétaires a la tête de ces syndicats est nettement indiqué dans les publications multiples qui sortent de leurs presses, dans les réunions générales qu'ils tiennent: ils représentent (ou prétendent representer), disent-ils, la classe rurale, exclue jusqu'ici du gouvernement, de la direction des affaires publiques et exploitée odieusement par les intermédiaires capitalistes. La classe rurale est la majorité, donc, elle doit prendre la tête du gou,·crnemcnt pour sauvegarder ses intérêts économiques jusqu'ici sans defcnsc. C'est un mensonge, car depuis quinze ans, la classe foncicrc a obtenu des a\"antagcs économiques nombreux. C'est elle qui a donné le branle au mouYement protectionniste et engagé l'industt)e française dans la guerre de tarifs qui enrayent son développement. Mais les chefs de syndicat agricole ne seront point satisfaits tant qu'ils ne seront pas les maîtres. En attendant, partout où leur action est assez forte, ils font élire des candidats d'affaires ou agricoles, qui vont renforcer la droite, en siégeant sur les bancs ralliés, nationalistes, ou antisemites. Car ils sont nationalistes et antisemites. Ils représentent la Yicille terre de France (c'est encore une des formules qu'ils aiment employer). Quand ils ne peuvent battre le candidat républicain, ils lui imposent un programme de revendications agricoles, oü seuls les intérêts des petits agriculteurs sont invoqués. Comme disait déjà Jaures, en 1886, des grands propriétaires qui réclamaient un droit sur les blés, cc n'est pas pour eux, c'est pour l'enfant, pour les ouvriers agricoles, les rnetaycrs et les fermiers dont ils sont la nourrice. Le plus souYent, le candidat républicain accepte le programme, cc qui n'empêche pas les chefs de syndicat de préparer l'élection prochaine du candidat reactionnaire. J'ai dit que les meneurs de syndicats étaient nationalistes et antisemitcs. Ils s'~lèvent, en effet, contre la spéculation financiere, déclament contre les Juifs, les intermediaires et popularisent dans le petit commerce et la petite propriéte l'antisémitisme stupide devenu, •
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