La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

LA CRISE Dli· PARTI SOCIALISTE geoisie capitaliste ne sont qu'un pis-aller, un 111odus vivendi tout pro,·isoire au cours duquel l'Église profite Jes faiblesses de la classe dominante, pour déformer son idéal moral, la détourner de la saine compréhension de ses intérêts et' lui arracher concessions sur concessions. Ces concessions profitent à peu prés exclusiYernent à la classe nobiliaire dont elle parrage les espérances dans la restauration <l'un ordre de choses, où la propriété foncicre et la religion catholique a$sociées et appuyées sur une oligarchie militaire, reprendraient leur antique prépondérance. Le clergé n'a aucune confiance dans la démocratie et le libéralisme bourgeois, et il a raison, car une classe capitaliste et cléricale est une antinomie, une contradiction violente. L'esprit reliO'ieux le> est exclusif de l'esprit scientifique. Or la classe capitaliste a besoin de science pour les inventions nécessaires à l'extension industrielle et,\ la multiplication des marchandises. La classe nobiliaire a ensuite l'armée - j'entends la haute armée - façonnée par l'éducation religieuse. Dans la critique du <léYeloppement des armées permanentes, les socialistes confondent trop souvent deux choses : le militarisme et la force militaire que l'existence des armées permanentes met entre les mains de la clàsse capitaliste. Quand ils accusent la classe capitaliste de développer le militarisme, ils corn- • mettent une erreur ou plutàt une confusion. L'accroissement incessant des armées permanentes ne comporte pas, nécessairement, le développement du militarisme, entendu au sens d'une oligarchie de grands chefs se plaçant au-dessus de b loi. Au contraire : le militarisme est en horreur à la bourgeoisie, qui entretient des soldats pour _défendre ses intérêts et ses priYiléges, mais entend les commander et ne souffre pas que les chefs s'arrogent le droit de diriger ,'t leur gré les forces placées sous leurs ordres. La bourgeoisie Yeut des gendarmes, mais .'t la condition qu'ils exécutent ses ordres. Le clergé, qui n'a pas abandonné son rêve de domination théocratique, a façonné et petri depuis vingt ans' les cerveaux militaires, organisé dans l'armée .une véritable initiation religieuse qui ne laisse parvenir aux grades du haut commandement que ses créatures devouc'.:es. Si, a l'éducation religieuse et à l'influence toute puissante que l'Église exerce dans l'année, on ajoute que la plupart des grands chefs sont, de par leur origine familiale, les descendants de l'ancienne caste nobiliaire, on aura la confirmation de ce que nous disions plus haut, que l'insurrection latente de l'armée, visible po1:,1rquiconque ne ferme pas les yeux a l't':Yidence des faits, l'ardente poussée cléricale dont les conséquences se manifestent depuis deux ans seulement, mais ont été amenées par une longue préparation, tout cela est la manifestation tangible d'un retour offensif des intérêts politiques et sociaux de la classe fonciére. Enfin, celle-ci a su,depuis quelques années, s'organiser fortement

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