La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

LE TROISIÈME CONGRÈS DES SYNDICATS ALLEMANDS 29 refusèrent; 12,000 ouuiers quittèrent le travail, et, après que la caisse de la Fédération ~ût été vidée, après que l'on eût dépensé, pour lutter, • 2,860,000 francs, il fallut céder, accepter les conditions des patrons, renoncer à l'ancien tarif, renoncer à toute convention. Mais la Fédération ne tarda pas à ~eprendre toutes ses forces; en quelques années elle devint plus puissante qu'elle n'avait jamais été, et, en 1896, sans lutte, mais par la manifestation de sa puissance, elle obtint du syndicat des patrons une nouvelle conventionde fai"ifs liant les deux organisations pour cinq ans : aux termes de celle-ci les ouvriers obtenaient une réduction de travail d'une demi-heure par jour et une augmentation de salaire de 50 pfennigs (62 centimes r/2 par semaine). C'est cette convention qui fut si violemment attaquée, à l'intérieur • de la Fédération, par une minorité d'opposants; c'est elle qui détermina , les divisions dont nous avons parlé plus haut, et la fondation du Syndicat des Typographes; c'est elle qui fut le point de départ des vifs débats auxquels le Congrès, par ses delibérations, se proposait de mettre un terme. Plusieurs, parmi les orateurs du Congrès, ne purent s'empêcher de parler de la Convention spéciale des typographes; mais ce n'est pas cette question particulière qui était inscrite à l'ordre du jour : c'était la question des conventionsde tarifs en général. Bien que personne ne se déclarât adversaire du principe même des conYentions de tarifs, deux tendances nettement opposées se manifestèrent. Les uns voyaient dans la convention, à moins qu'elle ne liât les deux parties que pour un temps très court, un obstacle à la· conquête de meilleurs salaires. La conquête de meilleurs salaires ne supposet-elle pas, en effet, la possibilité de se mettre en grève pendant les périodes de prospérité économique? Et la convention de tarifs, lorsqu'elle vaut pour plusieurs années, n'est-elle pas la négation de cette possibilité? - Peut-on attendre, d'ailleurs, des patrons qu'ils observent religieusement la convention ? N'y manqueront-ils pas des qu'ils y auront intérêt, dès qu'ils pourront avoir des ouvriers à meilleur compte? D'autre part, ajoutaient-ils, en mettant dans une même catégorie tous les ouvriers, organisés ou non, qui acceptent le tarif, n'efface-t-elle pas la distinction capitale entre ouvriers organisés et .ouvriers non organisés? En rapprochant les organisations des patrons et celles des ouvriers, n'obscurcit-elle pas la consciencede cîasse de ces derniers, ne leur ôte-t-elle pas l'aptitude à mener leur lutte de classe contre les patrons? « L'éducation pour la lutte syndicale, déclarait l'un d'eux, est assurément pour nous ce qui doit tout primer. Eh bien! si la Fédération des Typographes devait aujourd'hui engager une lutte syndicale sérieuse, les combattants ne lui feraient-ils pas défaut? » Ces divers arguments furent examinés tour à tour par le président ,,.

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