• LA REVUE SOCIALISTE pré,·oir alors que trois ans après, Guesde et Vaillant, réconciliés sur notre dos, excommunieraient solennellement indepcndants, possibîlistcs et allcmanistcs coupables de « déviations ii et de « compromissions ii parlementaires pour avoir pris parti dans !'Affaire Dreyfus et approuvé l'entrée de Millerand dans un cabinet de défense républica111c. Les membres du Parti Ouvrier Ré\'olutionnairc, communément désignés sous le nom d'Allcrnanistcs, du nom de Jean Allemane qui est un de leurs militants les plus écoutés, n'hésitercnt pas, en effet, dés le début de l'affaire Dreyfus, à prendre nettement position contre l'l:tat-Major qu'appuyait la faction monarchiste et cléricale. En 18881889, ils avaient tn:s énergiquement combattu le boulangisme; en 1898-1899, ils menèrent la même campagne de défense républicaine contre le néo-boulangisme, plus d:rngcreux aujourd'hui qu'hier, parce que cc n'est plus un général indiscipliné et sorti des rangs qui conduit la sarabande réactionnaire, mais toute la haute :nméc, solidarisée dans le crime. Le Parti Ounier de Guesde, au contraire, s'est désintéressé des évé~cmcnts en 1898-1899, comme il s'était désintcrcssé du boulangisme, il y a dix ans. Il a même blàmé ceux qui, comme Jaurès, s'étaient consacrés, aYec une ardeur que rien n'ayait pu rebuter, à assurer ce qu'ils croyaient être le salut de la République et de la libcrtc. L'attitude de Guesde, il y a dix ans, se comprenait. Son parti n'avait pas encore fait subir :1 la conception de la lutte de classe l'éYo!ution que j'ai marquée plus haut. En 1888, son attitude était logique. En 1898, elle ne l'était plus. D'autant qu'au début de l'affaire Dreyfus, Guesde manifestait une opinion diamétralement opposée à celle qu'il fit prévaloir plus tard dans son organisation, non seulement sur le fond de l'affaire en soi, mais même sur l'attitude politique à prendre par l'ensemble du parti. Je me rappelle très bien qu'au début, devant Jaurès cherchant sa voie, Jevant moi que rendaient perplexe les protestations d'innocence faites par certains des personnages politiques, Guesde affirmait l'innocence absolue de Dreyfus et la nécessité de se ranger du côté de la Justice. li gourmandait nos incertitudes et blâmait nos hésitations. Vaillant n'était pas moins impatient de lancer le parti socialiste dans la revision. Aussi, l'attitude prise plus tard par tous· les deux nous causa une stupéfaction profonde. Guesde n'a pu l'expliquer et la justifier qu'en invoquant le principe de la lutte de classe interprété à nouveau dans le sens littéral et abusif que son propre parti avait abandonné depuis longtemps.
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