La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

LA CRISE DL. PARTI SOCIAI.ISTE 35ï tariat, étaient etwoyés dans une assemblée, ils n'avaient pas d'autre action à exercer que celle d'adresser aux aoun:rnants des mises en dc- o meure ré\·olutionnaircs. Les anarchistes se gaussaient de ces« mises en demeure », qui furent longtemps d'usage courant dans le \·ocabulaire socialiste, même aprcs que ces expressions curent perdu la signification qu'on leur 11ttachait dans les premiers temps. Quand on met quelqu'un en demeure, disaient les anarchistes, il faut faire suiwe la sommation d'une sanction, d'un acte ; sans quoi on prC:tc à rire aux adversaires que ne sauraient l'.·rnoLl\'Oirdes menaces Yaines, non suivies d'effet. Et les anarchistes a\·aient raison; le Parti Ouvrier de Guesde, qui aYait surtout usé des« sommations et des mises en demeure » ne tarda pas, sous l'empire des faits et des circonstances, ù sc départir de la méthode révolutionnaire et intransigeante du début, de bonne heure abandonncc par le Parti Ouvrier Possibilistc et les Indépendants. Le schisme de S:iint-Eticnnc, amené par l'élection Jofl-rin et des ri-valités d'influence personnelle que je n'ai pas à raconter ici, coupa en deux le parti socialiste, divisé non seulement par les ri,·alités individuelles, mais par des di\'crgenccs théoriques, d'abord purement verbales, derrière lesquelles se dissimulèrent des rancunes individuelles. Le Parti Possibiliste naquit de cc schisme; et le groupe des « lndépendants » également. Lafargue a aiguisé sa YerYc sur ce titre qu'ils ne choisirent pas, mais qui leur fut donné, pour marquer qu'ils n'appartenaient à aucune des églises socialistes alors très réduites et qui s'excomrnuniaient réciproquement. Lafargue dit que ces « IQdépcndants >>, en s'affranchissant de toute discipline, s'affranchissaient également du socialisme. La vérité, c'est que, après aYoir librement su.ivi, dans les schismes survenus, le groupe où les portaient leurs affinités intellectuelles, découragés par les injustices des accusations réciproques qu'on se jetait à la tête, et las d'entendre répéter des formules dans lesquelles ceux qui les i1woquaicnt ne mettaient rien, des hommes comme Malon, Fournière, l'auteur de ces lignes, s'il lui est permis de se nommer, se retirèrent des groupements militants pour se consacrer cxclusiyement ù l'étude. lis n'approuvaient pas les polémiques violentes qui déchiraient le socialisme et, s'ils se tinrent à l'ecart des récriminations amères et inutiles, leur œuvre de propagande n'en apporta pas moins son contingent d'efforts efficaces à l'extension de l'idée socialiste. D'autant que, malgré le dédain oi.1les tenaient les chefs de secte, ceux-ci ne tardérent pas à entrer dans la Yoie réformiste où nous nous étions placés des 1885 (r). (r) Voir l'article inaugural do.: l:i Revue socialiste, 1-écligé par Malon <!t k signatair~ de cet article (janvier 1885).

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==