LA REVUE SOCIALISTE comme tous les jeunes partis : il exagéra et outra ses théories. C'était le temps où l'anarchie, depuis longtemps diffcrencice en Allemagne de la social-démocratie, Yoisinait encore avec le socialisme français. Et cela se conçoit : abstraction faite de la structure intellectuelle des socialistes et de celle des anarchistes si profondement différentes, le socialisme du Co1wres de ?vlarseillc et du Congres du Havre avait 0 , de nombreux points de contact aYec l'an:uchie. Le socialisme d'alors ctait purement révolutionnaire au sens catastrophique du mot. L'un et l'autre n'attendaient rien de l'action légale et parlementaire. L'un et l'autre consideraient la socictc conternporaipe sous l'aspect de deux blocs, destinés à se heurter violemment : le bloc capitaliste et le bloc ouvrier, celui-ci devant par la puissance de sa masse mettre en pieces celui-la, à l'heure de la catastrophe suprême. La seule différence apparente (r) gu'on releva entre la propagande anarchiste et la propagande socialiste, c'est gue celle-ci admettait l'efficacité de la propagande électorale gue repoussait celle-là. Dans les rcunions, la critique fondamentale de la société capitaliste ctait la même : les deux classes, bourgeoisie et prolétariat, étaient décrites par les uns comme par les autres, et situées dans le même antagonisme irréductible. Le même pessimisme social assombrissait la critique des uns et des autres. La dure loi d'airain dont Guesde s'était fait de bonne heure le protagoniste en France, maintenait fatalement, à un niveau constant de misere in-flexible, gui pouvait empirer, jamais diminuer, le prolctariat, fermé ù tout espoir d'amélioration partielle ou de réforme. Tous les partis politiques en présence n'étaient gue les fractions de la même armée ennemie, groupée sous des fanions diYers, mais concour_ant a la même œuvre d'oppression et de despotisme social. Le cataclysme était le seul moyen final pour le prolétariat de s'arracher à l'oppression politique et économique de la bourgeoisie. On différait seulement sur le mode de préparation du cataclysme. Les anarchistes préconisaient la violence immédiate et individuelle, les coups de force incessants, générateurs, disaient-ils, de l'éYeil des consciences populaires. Le socialisme révolutionnaire préconisait l'organisation méthodique du cataclysme par le groupement et au nombre des modes d'organisation et de groupement, il plaçait l'action électorale, comme susceptible de faciliter l'accès des masses aux propagandistes. Mais l'action électorale se réduisait à une propagande orale. L'action parlementaire deYait rester nécessairement sans portée pratique. Si des élus, mandataires du prolé- (1) Je <lis apparente et non point essentielle, car dans cc rapide coup d'œil sur l'.:volution de la conception de la lutte de classe, je ne saurais entrer dans l'analyse critiqu.; du socialisme:: et de l'anarchie, .1bsolumcnt dissemblables au fond, malgré quelques apparentes similirndcs de forme.
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