La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

35o LA REVUE SOCIALISTE quatre coins de la France, l'évangile apocryphe d'un socialisme dénaturé par Millerand. A Belleville, à Lille, à Roubaix, à Vierzon, à Montpellier, à Toulon, partout, Blanquistes et membres du Parti Ouvrier cédèrent généreusement la parole aux « Indépendants », c'est-à-dire aux propagateurs du programme de Saint-Mandé. Certains, même, poussaient le souci d'« attirer les bourgeois» jusqu'a. atténuer encore le programme dejà insuffisant de Millerand. J'en connais qui eurent deux professions de foi : l'une à l'usage des villes, l'autre à l'usage des campagnes. Celui-ci recommandait à Viviani de ne pas trop insister sur l'internationalisme; celui-là, sur la guerre à l'Église; l'un bornait ses revendications expropriatrices à l'établissement de l'impôt sur le reYepu, même chàtré de la déclaration, si, à la pratique, celle-ci apparaissait d'un usage vexatoire; l'autre parlait vaguement d'améliorer le sort des humbles, de démocratie et de liberté. Il y en eut même à qui ne suffit pas la recommandation de Millerand pour« attirer » les bourgeois, et qui firent appel à de simples députes radicaux tel que M. Camille Pelletan. Ceux-là sont aujourd'hui les plus acharnés à reclamer un programme intransigeant et à répudier toute cc compromission » ou << déYiation ii de l'idée socialiste. Je le répéte, l'exemple des sacrifices const:tnts que Guesdistes et nlanquistes nous ont donné au cours de ces trois dernières années est de nature à faire taire les préventions particulières que nous pourrions aYoir contre telle formule qui nous paraîtrait trop absolue. Pour adherer aux rcsolutions du futur Congrès, nous espérons donc n'ayoir à faire aucune capitulation de conscience ni aucun reniement thcorique, d'autant que nous Yoyons que le Congrès d'Épernay a donné raison à tout le monde, à Guesde et aux Indépendants, aux redacteurs du Manifeste aussi bien qu'à ceux que les rédacteurs du dit Manifeste avaient vises. * * * Le Congres du Parti Ouvrier tenu à Épernay nous a donné l'exemple de l'accord qui peut se faire au sein d'une même organisation entre membres séparés par des divergences assez importantes, - telles que celles surnnues à propos du Manifeste, entre les groupes représentés à Epernay. Le Congrès d'Épernay a adopté, en effet, une première résolution, relatiYe à la publication du Manifeste, ainsi conçue : Le dix-septième Congrès national du Parti Üu\'rier Français, prenant acte de la déclaration du conseil national que, dans son manifeste, il n'a entertdu \'iser ni excommunier personne, ainsi que des trop nombreuses déviations

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