La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

LA CRISE DU PARTI SOCIALISTE 349 diYerses organisations, a cessé de plaire ;\ M. Lafargue, th(,oricicn du parti de Guesde. Lafargue veut donc formuler un nouYeau credo? Soit : nous discuterons sa formule, nous dirons les points sur lesquels nous pouYons être en désaccord avec lui. Après quoi, la majorité du Congres se prononcera et nous nous inclinerons deYant sa décision. * * * Le sacrifice à faire aux nécessités d'entente et d'unitc sera lourd, sans doute. Mais pourquoi ne rivaliserions-nous pas de zèle aYecLafargue et ses 2mis dans la soumission nécessaire aux dl'.:cisionsde la majorité du parti ? Car si le progr,amme de Saint-Mandl'.:et les initiatives politiques prises par les repdsentants parlementaires du socialisme, en conformité avec la formule (·labor(,e par Millerand, constituent l'ensemble Jes « déviations >> et des« compromissions » reprochées au groupe de l'Union socialiste par les n:dacteurs du Manifeste •à la France ounière, les amis de Guesde et de \'aillant ont pris une part si considérable à ces « déYiations » et « compromissions » rl'.:pétées, qu'ils n'ont ru les, énumérer, par crainte de trouYer leur propre signature au bas de nos abdications. D'ailleurs, sur cc point, Lafargue avoue noblement, comme je l'ai dit, l'accroc proYisoirc que lui et les siens firent aux principes: « Quoique ne nous faisant p:1s d'illusions su 1: le programme de Sai 11 t-Mandl'.·,dit-i 1, nous l'a \'Ons laissé passer sans critique, parce que nous espérions que son élasticité, son Yague et son imprécision l'.:taientde nature à attirer au socialisme des bourgeois.» On saisit, sans que j'aie besoin d'insister sur la portée de ces aveux, toute l'étendue Ju sa..:rificeconsenti. Et l'abnégation des gardiens naturels du credo socialiste est allée encore plus loin. Non seulement Guesde, Vaillant et leurs chefs de groupes laisscrent passer le programme de Saint-Mandé« sans critique» ; non seulement ils s'associèrent à toutes les initiatives dont cette <leclaration fm le point de départ, mais ils poussérent encore le zèle pour le recrutement bourgeois à l'aide d'un programme« élastique», cc vague » et« imprécis», jusqu'a faire appel aux Indépendants pour le propnger dans leurs circonscrirtions electorales. Dés la fin de 189ï, en effet, Millerand, Jaurés,\ïviani, Fourniere sillonn:iient la France, appelés par les candidats blanquistes et du Parti Ouvrier qui se réclamaient de leur patronage et faisaient appel à leur concours. Ces « fougueux lndèpendants », ainsi appelés ironiquement par Lafargue, qui craignait de les << effaroucher », et qu'il « entrainait à leur insu dans le mouvement socialiste» ( I) en s'abstenant de critiquer leur socialisme de fantaisie, porterent aux (1) Tous ks passages guillcmctc:s sont pris dans des articles de Lafargue.

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